Enfants rouges (Les)
Réalisé par Santiago Amigorena (2014)
| Durée | 80 minutes |
| Sortie | 22/01/2014 |
| Note | 5/10 |
Tous les films devraient commencer avec une lumière qui s’allume. Ils raconteraient l’histoire d’un jeune homme, Jonathan, qui erre la nuit dans les rues de Paris et s’achète une arme à feu. Et celle d’une jeune femme, Garance, qui a du mal à faire le deuil de son premier amour. Leurs chemins se croiseraient, une fois ou deux, dans leur quête de l’amitié et de l’amour, qui ne mène pourtant qu’à la solitude.
Les critiques
Par Noodles 14/03/2014
C’est à travers trois jeunes parisiens que Santiago Amigorena tente d’aborder les questions existentielles que sont l’amour, l’amitié et la politique dans son nouveau film, Les Enfants rouges. Des textes en voix off récités par Eric Caravaca nous exposent, au conditionnel, l’intériorité de Jonathan, Garance et David, ainsi que leurs réflexions sur la vie. Si ces commentaires sont empreints de poésie et d’une beauté certaine, ils ne suffisent cependant pas à faire oublier que le film est dans l’ensemble assez vide, notamment en ce qui concerne l’intrigue trop peu élaborée. Par ailleurs, fallait-il vraiment alourdir le tout par ces longs monologues des personnages qui dévoilent leurs pensées à la caméra, rôle que remplit déjà la voix off ? Le seul moment où le regard-caméra est digne d’intérêt, c’est lorsque Garance met de côté son pénible étalage de sentiments pour nous offrir une plaisanterie en tordant sa bouche de manière comique.
Si l’objectif de l’auteur était de présenter une jeunesse sans cesse en questionnement et en proie à une solitude d’une grande violence, il est en tout cas atteint avec le personnage de Jonathan. Les troublantes errances de ce jeune homme qui ne semble se sentir exister que par la possession de son arme nous décrivent un réel mal-être qu’il aurait sans doute fallu explorer plus en profondeur. Le film ne surprend pas non plus par son esthétique : le noir et blanc aurait peut-être pu devenir un atout s’il avait été davantage exploité. L’image manque parfois cruellement de beauté, et les nombreux plans de la capitale nous en montrent les aspects les plus triviaux : la morosité d’une rame de métro, les clients d’un café assis en terrasse, le personnage arpentant les rues parisiennes en vélo. La ville de Paris n’est-elle pas suffisamment riche et pleine de ressources pour offrir aux spectateurs autre chose que ces images vues et revues, et qui servent si souvent à la caractériser ?
On remarque toutefois quelques trouvailles visuelles astucieuses, comme cette ombre qui caresse délicatement le corps d’une femme endormie, ou encore l’utilisation du flou pour représenter le monde onirique de l’un des personnages. Elles se font malheureusement trop rares pour que le film présente un véritable intérêt à ce niveau. Les Enfants rouges aurait donc très certainement gagné à ne pas se reposer sur une exposition de pensées philosophiques bien trop abondantes pour ne pas être source d’ennui. Cette réalisation sans le moindre budget ne remporte finalement pas son pari risqué.
Vu le 15 janvier 2014, au Latina, Salle 2
Par Tootpadu 15/01/2014
Pendant les premiers mois après son installation du côté de Bercy, la Cinémathèque Française faisait commencer toutes ses séances dans le noir, avec le cache mécanique qui révélait progressivement l’écran blanc, comme une lucarne qui allait permettre au spectateur de plonger dans un monde parallèle. Depuis, ce rituel de transition a malheureusement été abandonné, sans doute parce que la machine a dû s’enrayer avec le temps ou bien, à cause des retardataires qui ont peut-être fait des chutes douloureuses pour les vieux os pendant ce bref instant d’obscurité totale. Toujours est-il que ce dernier nous a toujours paru comme une métaphore sublime de la magie du cinéma. Le premier plan du troisième film de Santiago Amigorena, après le générique aux énervants bruits de travaux, nous rappelle cette sensation de dépaysement cinématographique. C’est le coup d’envoi d’une réflexion assez prétentieuse sur les choses essentielles de la vie, surchargée d’une esthétique visuelle en noir et blanc et d’une voix off, qui théorise jusqu’à l’excès et au conditionnel sur une intrigue très rudimentaire.
Les Enfants rouges est en quelque sorte le cliché ambulant d’un film de la Nouvelle Vague. Produit à partir d’un budget quasiment inexistant et criblé d’effets de style qui avaient fait leur apparition dans les années 1960, il s’apparente à une masturbation intellectuelle de premier ordre, dont on peut tirer autant de moments fugaces de poésie filmique que de raisonnements abstraits qui sonnent a priori très instruits. Dans le flux monotone de la narration, les rares monologues et les interminables descriptions des états d’âme des personnages à travers la voix de Eric Caravaca s’accumulent toutefois pour mieux s’annuler entre eux. Car il n’y a aucun saisissement de l’esprit, aucune révélation amenée par la manifestation subite d’une beauté extérieure ou intérieure, susceptible de venir à bout du ton presque déprimant ou en tout cas mélancolique.
Beaucoup de belles images de Paris ne suffisent ainsi point pour mobiliser notre adhésion à ce film aux résonances trop philosophiques. Il serait aisé de rapprocher son processus probable de gestation à ces discussions stériles du vendredi soir, où un groupe de jeunes réinvente le monde sans rien faire en fin de compte. Tandis que Garance y trouve au moins l’homme qu’elle ne saura toujours pas aimer autant que sa première âme sœur, il s’agit pour nous d’un symbole trop révélateur de la démarche de Santiago Amigorena, consistant au fond à s’amuser entre potes sans que cette synergie créatrice ne devienne apparente à l’écran.
Vu le 15 janvier 2014, au Latina, Salle 2