Mes séances de lutte
Réalisé par Jacques Doillon (2013)
| Durée | 103 minutes |
| Sortie | 06/11/2013 |
| Note | 5/10 |
Une jeune femme monte sur les hauteurs de la ville voir un ancien amant, qui y est en train de rénover une porcherie, afin de lui annoncer le décès de son père. Or, ce message n’est qu’un prétexte pour elle, l’occasion d’en savoir enfin un peu plus sur les raisons de l’échec de leur relation, qui n’était jamais allé plus loin qu’une nuit sans sexe. Elle lui propose de rejouer la dernière scène de cet amour avorté. Le simulacre d’une seconde chance finit en empoignade, ce qui amène la femme à y voir non pas une séance d’amour, mais de lutte. Dès lors, elle retrouve régulièrement son amant potentiel pour des bagarres enjouées, qui sont censées exorciser la rancune qu’elle a gardée dans son cœur à l’égard de feu son père.
La critique
Par Tootpadu 31/10/2013
L’affiche du nouveau film de Jacques Doillon montre un homme et une femme nus se roulant dans la boue, étroitement enlacés. Sur le matériel destiné à la presse figurait un motif semblable, avec une position des corps plus verticale qui accentuait encore l’érotisme sauvage qu’une telle photo de nature presque pornographique dégage. Ces motifs sont représentatifs du dernier tiers de Mes séances de lutte, quand la relation entre les deux personnages principaux aura tourné au pugilat sexuel. Leurs rapports charnels auront alors atteint un degré d’intensité, voire de bestialité, qui serait tout à l’honneur d’un réalisateur plus versé dans les questions de la chair comme Patrice Chéreau, qui avait exploré ce genre de dépendance physique en sens inverse, de l’entente tacite à la volonté de sortir de l’anonymat, dans Intimité. Le déchaînement de la libido des deux amants, qui s’étaient retenus si longtemps dans leurs jeux de substitution de l’acte sexuel, se traduit alors par une voracité et une véracité des sentiments, dénués de toute considération romantique, dont on n’aurait guère cru capable le cinéma de Jacques Doillon.
Le hic c’est que, avant d’en arriver là, nous sommes confrontés aux pires excès verbeux du réalisateur. Ça parle, ça parle, et ça parle encore, sans que ce flot de répliques nébuleuses fasse réellement avancer une intrigue, qui a la fâcheuse habitude de tourner autour du pot dans des raisonnements psychologiques risibles, avant de se lâcher (trop) tardivement. La première partie condense ainsi tout ce que nous détestons dans une certaine tendance du cinéma français, attaché à une théâtralité des gestes et une subtilité excessive des mots qui ne sont nullement répercutées à l’image, plate et fade comme celle d’un téléfilm – d’ailleurs une lacune esthétique dont souffrait déjà le film précédent de Jacques Doillon. Pendant un temps considérable, l’artifice intellectuel étouffe le soupçon de naturel, qui aurait pu affranchir de leurs inhibitions les personnages à l’état d’esprit alambiqué.
Dommage que le choc entre les deux parties discordantes du film ne se fasse pas plus tôt ou que, par défaut, une dynamique narrative inversée ne laisse pas passer la réflexion cérébrale après l’épanouissement jouissif des corps. L’investissement intégral de Sara Forestier et de James Thiérrée aurait pu davantage valoir la peine, s’il n’avait pas été soumis d’emblée à une masturbation longue et inutile de l’esprit, alors que l’instinct sexuel en puissance sommeillait sous la braise.
Vu le 30 octobre 2013, au Club de l'Etoile