Nos héros sont morts ce soir

Réalisé par David Perrault (2013)

Drame
Nos héros sont morts ce soir
Durée 98 minutes
Sortie 23/10/2013
Note 5/10

Au début des années 1960, le catch jouit d’une popularité importante en France. Une seule règle dans le ring : l’affrontement d’un lutteur héroïque et bon contre son adversaire foncièrement mauvais. A peine revenu de la guerre, Victor se lance dans le milieu grâce aux recommandations de son ami Simon, qui séduit le public sous le pseudonyme « Le Spectre ». Victor sera « L’Equarrisseur de Belleville », l’ennemi de toujours et au masque noir du « Spectre ». Cette vie peine pourtant à satisfaire le débutant, hanté par ses souvenirs de guerre. Simon lui propose alors d’inverser les rôles, à l’insu de l’entraîneur Ferdinand, afin que Victor puisse être acclamé par la foule.

La critique

Par Tootpadu 07/10/2013

La cinéphilie est une chose formidable à laquelle nous souscrivons entièrement. Pour nous, il n’y a presque rien de plus épanouissant que de regarder des films, de les analyser et de chercher à savoir le plus possible à leur sujet, ainsi qu’à celui des personnes qui les ont faits. Cet amour du cinéma, côté réception, nous est même si cher que nous y consacrons le plus clair de notre temps libre. De l’appréciation et de la connaissance du cinéma ne résulte par contre pas nécessairement l’envie de franchir le pas pour passer dans le camp de la création, peuplé d’individus assez téméraires pour soumettre leur talent à l’épreuve d’un public guère clément. David Perrault est de ces jeunes réalisateurs sans peur, qui ont osé abandonner le confort de la plume, exercée notamment en tant que co-fondateur du site de référence DVDclassik, pour le troquer contre les imprévus, voire les dangers de la production cinématographique. Son premier film, présenté cette année à la Semaine de la critique à Cannes, ressemble hélas plus à un fourre-tout de références diverses qu’au rêve devenu réalité d’un amateur inconditionnel du Septième art.

Nul doute que la mise en scène de Nos héros sont morts ce soir dispose d’un solide bagage en termes de styles et de cinéastes qu’il convient de citer, en ces temps d’une relecture permanente de l’Histoire du cinéma, commencée au plus tard il y a une vingtaine d’années par Quentin Tarantino et consorts. Le problème est que cette valse des hommages, du Film noir à Aki Kaurismäki, ne trouve jamais sa propre voix pour dépasser le stade d’un exercice passablement habile. La surcharge formelle qui pèse lourdement sur le récit ne finit pas par l’écraser. Elle limite cependant suffisamment ses mouvements pour étouffer la moindre tentative d’établir un lien pertinent entre le fond, une histoire de perdants qui n’ont pas grand-chose pour nous intriguer, et la forme, un noir et blanc à la texture froide qui est parsemé d’effets de style clinquants. Les traumatismes de guerre de Victor y sont par exemple conjugués sous la forme de séquences oniriques bancales, qui agacent au lieu de nous fournir une clef de compréhension vitale pour une meilleure accessibilité à ce personnage malheureux et opaque.

Au moins, David Perrault sait choisir ses tronches pour interpréter des rôles, dont l’écriture ne fait hélas pas preuve d’assez de finesse pour faire éclater le carcan rigide de leur emploi aussi prévisible que manichéen. Ce n’est que lors des premières parenthèses musicales, surtout celle vers le début du film lorsqu’un des clients du bar, où Simon et Victor sont des habitués, se déhanche sur la musique du juke-box pour séduire la future copine de Simon, que l’emprise de la surenchère formelle s’estompe au profit d’un ton plus frais et vivant. Ces intermèdes sont toutefois trop rares et détachés du reste de l’intrigue pour inverser la fâcheuse tendance à l’inclinaison révérencieuse dont souffre la narration.

 

Vu le 7 octobre 2013, au Club de l'Etoile

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques