Vénus à la fourrure (La)

Réalisé par Roman Polanski (2013)

Comédie théâtrale
Vénus à la fourrure (La)
Durée 96 minutes
Sortie 13/11/2013
Note 7/10

Il pleut des cordes à Paris, quand Vanda s’engouffre dans un théâtre où l’audition pour la pièce La Vénus à la fourrure a eu lieu. Elle est en retard, mais l’adaptateur et réalisateur Thomas est encore sur place. Exténué après une dure journée d’essais, pendant laquelle il a vu défiler des actrices qui ne correspondaient pas du tout à l’idée qu’il se fait du personnage principal de sa pièce, Thomas n’a qu’une envie : rentrer chez lui et passer la soirée avec sa fiancée. L’intrusion de Vanda, une femme vulgaire et inculte, l’insupporte et il aimerait se débarrasser rapidement d’elle. Contre toute attente, son interprétation colle parfaitement au rôle et Thomas accepte de lui donner la réplique. S’engage alors un échange corsé entre l’intellectuel coincé et sa créature, qui s’insurge contre le ton misogyne de la pièce.

Les critiques

Par Mulder 18/11/2013

De nombreux réalisateurs ont tenté d’adapter au cinéma des pièces de théâtre et la plupart du temps le résultat obtenu est très décevant car manquant de souffle, d’une réalisation cherchant à transcender le matériel original et à donner un semblant de vie à une œuvre taillée pour être uniquement une pièce de théâtre. Le nouveau film de Roman Polanski mettant de nouveau en scène sa compagne et le grand comédien Mathieu Amalric semblait donc voué une nouvelle fois à rester une œuvre mineure d’un grand réalisateur au demeurant. Roman Polanski étant connu pour être aussi à l’aise avec un film d’épouvante (Rosemary’s Baby, Répulsion, Le locataire..) qu’un thriller implacable digne héritier de Alfred Hitchcock (Chinatown, Frantic, The ghost Writer..) réussit ici le pari à clouer littéralement sur son fauteuil les spectateur en livrant un semblant de jeu du chat et de la souris entre un metteur en scène et une comédienne retardataire à une audition.

Sur la base d’une pièce de théâtre américaine écrit par David Ives (co-scénariste du film) et jouée initialement à la Classic Stage company puis sur la scène de Broadway, Roman Polanski a pu profiter de cette source pour mettre en avant ces hantises de réalisateur et sur la construction d’une œuvre. Il en découle ainsi l’impression d’assister à une œuvre à plusieurs niveaux de lecture et filmer non pas comme une simple pièce de théâtre mais comme une bataille épique. Malgré la présence que de deux personnages, ce film ne laisse aucun répit volontairement aux spectateurs et bénéficie d’un excellent scénario magnifié par la présence d’Emmanuelle Seigner qui trouve ici le rôle de sa carrière et s’impose comme une excellente comédienne et non comme une simple starlette et muse du réalisateur depuis Frantic. Véritable réflexion sur le métier de réalisateur et d’acteurs, ce film constitue surtout une bataille intellectuelle entre un créateur et sa muse.

Véritable ovni cinématographique,  La Venus à la fourrure est également une parabole sur l’amour, le désir et les relations universelles entre les hommes et les femmes. Ce risque considérable de proposer enfin un film adulte, très intelligent à un public nourri à un cinéma pré-formaté ne peut être qu’ applaudi et défendu. Une telle force visuelle sur un cadre si délimité impose également Roman Polanski comme l’un des meilleurs réalisateurs actuels. Réussir à sublimer l’actrice Emmanuelle Seigner en lui donnant une telle palette à jouer montre une nouvelle fois que ce réalisateur n’a pas son pareil pour diriger ses comédiens et  en tire  le meilleur  d’eux mêmes.

Nous ne pouvons que vous encourager à découvrir ce film au cinéma et à écouter ses excellents dialogues dignes des plus grandes tragédies actuelles.

Vu le 04 novembre 2013 au Gaumont Marignan, Salle 01, en VF

★★★★★★★★☆☆ 8/10

Par Tootpadu 17/09/2013

L’œuvre de Roman Polanski est fermement placée sous le signe de la guerre des sexes. De Répulsion à La Jeune fille et la mort, en passant par Lunes de fiel, ses films ont souvent pour thème une querelle sans gagnant – mais certainement pas sans enjeu – entre les hommes et les femmes, qui s’adonnent avec plaisir à une domination réciproque, basée sur l’inversion des rôles que l’ordre social leur attribue. La quête du réalisateur ne porte pas sur la question de la moralité et des bonnes mœurs, mais précisément sur leur absence dans notre civilisation moderne. Sa perversion n’est pas faite pour choquer superficiellement avant de laisser le spectateur retourner à ses repères rassurants, mais pour saper durablement une conception trop manichéenne de la respectabilité sexuelle et sensuelle. Le sujet de son nouveau film, présenté en compétition au dernier festival de Cannes, avec sa ronde caustique de la manipulation va comme un gant à son univers délibérément malsain. Une symbiose entre la pièce de David Ives et le film de Polanski, qui s’avère être problématique, puisqu’elle est à la fois la malédiction et la bénédiction de La Vénus à la fourrure.

L’exploit narratif de maintenir la tension rien qu’avec deux personnages sur une scène de théâtre est en effet constamment relativisé par une courbe de l’assujettissement, d’abord de Vanda, puis de Thomas, un brin trop prévisible. En raison de l’étroite fidélité de l’histoire aux préoccupations habituelles de Polanski, l’attente du spectateur se voit en effet confortée à maintes reprises, mais jamais réellement dépassée par les retournements périodiques de l’intrigue. Le ton n’aurait ainsi pas être plus sophistiqué dans la forme, notamment dans le phrasé des répliques savoureuses qui se font un malin plaisir à sonder les subtilités de la langue française. Et en même temps, toute cette expression soignée n’est finalement au service que d’une leçon en perversion trop enjouée et trop bénigne pour renouer avec les pamphlets vociférants que sont les films les plus déroutants de Polanski.

Au moins, l’interprétation est à la hauteur d’un huis-clos suffocant. Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric se tournent autour comme deux bêtes féroces en rut, chacun jaugeant l’autre à travers le degré d’emprise qu’il a sur l’adversaire. Tandis qu’elle préserve imperturbablement son côté diabolique, peu importe qu’elle prétende être une garce ou une aristocrate revenue de tout, lui descend progressivement la pente de la perte de contrôle. Car comme dans la vie intime des êtres complexés que nous sommes tous au moins un peu, chez Polanski il s’agit avant tout de cela : d’accroître habilement son ascendant sur l’autre, tout en assouvissant ses fantasmes les moins avouables.

 

Vu le 16 septembre 2013, au Club Marbeuf

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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