Renard jaune (Le)
Réalisé par Jean-Pierre Mocky (2013)
| Durée | 84 minutes |
| Sortie | 26/06/2013 |
| Note | 5/10 |
Dans sa jeunesse, Charles Senac était devenu célèbre grâce à son seul et unique roman. Désormais vieux et alcoolique, il empeste l’ambiance dans son quartier parisien, notamment parmi les habitués du restaurant « Le Renard jaune ». Le vendredi, après une de ses gueulantes au cours de laquelle il s’en est pris à chacun des convives, des anciens amis ou des amantes de jours plus heureux, il rentre seul chez lui. Le lendemain matin, il est retrouvé mort, assassiné. Le fait que la victime ne manquait pas d’ennemis ne facilite pas la tâche à l’inspecteur Giraud, chargé d’élucider le crime.
La critique
Par Tootpadu 07/08/2013
Le cinéma de Jean-Pierre Mocky nous inspire une étrange dualité de sentiments, entre la perplexité et l’admiration. Il y a en effet de quoi être impressionné par un réalisateur qui s’obstine à tourner à la chaîne des films au budget certainement dérisoire, en dépit de son âge avancé, bien que l’octogénaire Mocky ait encore du retard sur le centenaire Manoel De Oliveira. En même temps, et à la différence cruciale du doyen portugais du cinéma, l’univers de Jean-Pierre Mocky est si hermétiquement fermé sur lui-même et sans enjeux artistique notable que l’on ne se permettrait jamais d’en vouloir au public français de l’avoir déserté depuis un quart de siècle. Quand cet enfant terrible du cinéma national appelle, seule une ribambelle de rescapés de la génération de Michel Serrault, Jean Poiret et Jacques Villeret – jadis les acteurs fétiches de Mocky –, répond encore présent pour s’agiter dans une histoire bien poussiéreuse, à l’exception de deux renvois opportunistes aux phénomènes de mode que sont les cougars et les cigarettes électroniques.
Pour le reste, Le Renard jaune est un Mocky très moyen, c’est-à-dire une galerie de monstres qui s’entre-déchirent mollement sur l’arrière-plan d’une affaire criminelle sans verve. Comme le disait notre ancien professeur, feu Francis Ramirez, le style du réalisateur vit beaucoup du choix de ses gueules. Ce film ne fait point exception à la règle, puisque en dehors du fait que l’exclamation est toujours le seul et unique ton sur lequel les comédiens s’expriment, le groupe de personnages autour duquel l’intrigue tourne est pour le moins miséreux, voire misérable. Cette marginalité du milieu, dépeint bien sûr d’une façon maladroite à partir de deux plans arbitraires de Paris avant l’entrée définitive dans un décor de studio miteux, pourrait devenir attachante, si la narration prenait la peine d’en faire autre chose qu’un cabinet de curiosités sans aspiration tragique. Ou comment l’humour selon Jean-Pierre Mocky lui confère sans doute assez de lucidité pour continuer sans cesse dans la poursuite d’une œuvre confidentielle, tout en faisant capoter invariablement ses velléités de tourner des films que l’on pourrait éventuellement prendre au sérieux.
Quand le compte à rebours arrive enfin à échéance, l’effet est logiquement moins poignant que dans Un film parlé de Manoel De Oliveira. Qui des personnages caricaturaux vivra ou périra nous importe alors aussi peu que de découvrir qui a refroidi cet agitateur vain et bordélique dans lequel on se complairait presque à reconnaître des traits de Jean-Pierre Mocky. Ce détachement blasé nous paraît symptomatique de ces films français certainement pas tournés avec les pieds, mais dont les enjeux sont si minimes dans leur médiocrité qu’ils nous font au mieux prendre note que, oui, certains réalisateurs d’une autre époque existent encore, dans la bulle de leur conception anachronique du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Vu le 6 août 2013, à l’Action Ecoles, Salle 1