Alabama Monroe
Réalisé par Felix Van Groeningen (2013)
| Durée | 112 minutes |
| Sortie | 28/08/2013 |
| Note | 6/10 |
Maybelle, la fille âgée de cinq ans de Didier et Elise, est atteinte d’un cancer. La maladie de leur enfant mettra à rude épreuve la relation entre ce cowboy belge et cette tatoueuse reconvertie à la musique country.
La critique
Par Tootpadu 25/06/2013
Il n’existe pas de sujet plus casse-gueule que la maladie grave d’un enfant. Montrer une fille ou un garçon en train de périr à petit feu, alors que les parents se lamentent sur leur propre impuissance et celle du corps médical, cela ouvre grand la porte à toutes sortes de dispositifs de manipulation sentimentale, que nous avons généralement en horreur. Dans son quatrième film, le réalisateur belge Felix Van Groeningen ne contourne pas entièrement ce problème. Il fait cependant sien le désarroi de ce couple à première vue mal assorti, afin de conter à fleur de peau leur histoire tumultueuse et constamment à deux doigts de la tragédie. Dans l’exploration viscérale, mais nullement misérabiliste, de cette distance ténue réside avant tout l’accomplissement majeur de ce beau film qui va droit au cœur, en dépit du comportement excessif de ses personnages.
La structure narrative de Alabama Monroe a beau ne pas être aussi catégoriquement inversée que celle d’Irréversible de Gaspar Noé, le fait d’opérer à intervalles réguliers des retours en arrière apporte une intensité à l’intrigue qu’elle n’aurait sans doute pas eu si elle avait suivi un ordre linéaire. Au fur et à mesure que nous prenons connaissance des étapes successives de l’histoire d’amour fou entre Elise et Didier, le drame qu’ils vivent au présent, aussi passager ce dernier soit-il, devient de plus en plus insoutenable. La mise en scène implacable n’aménage des parenthèses salutaires, à la fois pour nous et pour les parents durement éprouvés, qu’au moment des séquences musicales, elles aussi rendues plus intenses par le chagrin que la plupart des chansons bluegrass expriment.
Enfin, les interprétations de Veerle Baetens et de Johan Heldenbergh sonnent peut-être si douloureusement juste parce que la morale du film ne permet aucune complaisance. Au lieu de rechercher la facilité d’un refuge spirituel dans la religion, ou au moins l’assurance abstraite que même après la mort l’âme des hommes perdure, le propos du film s’attache presque exclusivement à un athéisme sans fard. Dans le contexte actuel où tout ou presque est ramené à des croyances plus ou moins réconfortantes, pareille promotion du désespoir à l’état brut mérite d’être saluée.
Vu le 18 juin 2013, au Club Marbeuf, en VO