Rebelle (Le)

Réalisé par King Vidor (1950)

Drame
Rebelle (Le)
Durée 111 minutes
Sortie 31/03/1950
Note 6/10

L’architecte visionnaire Howard Roark est vilipendé par la profession, qui trouve ses projets trop avant-gardistes. Contraint de fermer son bureau après avoir refusé des ajustements académiques au gratte-ciel d’une banque qu’il était censé construire pour le puissant patron des médias Gail Wynand, Roark travaille dans la carrière de son rival Francon. Il y fait la connaissance de la fille de Francon, Dominique, une journaliste irascible, qui tombe contre son gré amoureuse de lui. Elle cède d’abord à ses avances, mais quand Roark démissionne précipitamment pour accepter l’offre du millionnaire Enright de construire une tour moderne, les amoureux passionnels se perdent de vue. Leurs chemins se croisent à nouveau après la consécration de Roark, qui est la cible des attaques populistes du journal de Wynand.

La critique

Par Tootpadu 23/10/2012

Deux influences plutôt contradictoires se querellent dans cette adaptation du roman de Ayn Rand, qui tend du coup vers une inégalité de ton fascinante, mais jamais tout à fait satisfaisante. D’un côté, Le Rebelle se fait l’avocat d’une conception philosophique assez radicale, directement inspirée de l’objectivisme cher à l’écrivain, qui vante abondamment l’égoïsme intransigeant des rares génies au détriment d’une masse aisément induite en erreur par les médias. La notion de la valeur inattaquable de la propriété intellectuelle et du besoin de la préserver dans toute sa pureté résonne certes encore aujourd’hui, plus d’un demi-siècle plus tard, au moment où l’accès pas toujours légal au contenu par voie virtuelle alimente un débat politique et civique sans fin. Mais dans le contexte d’une Amérique qui se préparait alors à l’un des chapitres les plus douloureux de la Guerre froide, la chasse aux sorcières communiste dans les rangs de sa propre intelligentsia, elle laisse un arrière-goût quelque peu douteux.
Le réalisateur King Vidor n’a jamais été un conformiste dans le grand ordre de l’usine hollywoodienne. Ici, il contourne cependant la confrontation directe avec un état d’esprit consensuel et féru de compromis en tous genres en y intégrant une histoire d’amour des plus mélodramatiques. Car de l’autre côté, le récit se complaît dans un triangle amoureux qui n’est pas sans similitudes avec celui tout aussi tortueux de Duel au soleil. Le personnage principal féminin se fait ainsi longuement désirer, avant de changer plusieurs fois d’allégeance romantique et de finir dans un mouvement d’élévation vertigineuse qui la ramène vers l’homme bon dans toute sa splendeur. Face à un Gary Cooper égal à lui-même, c’est-à-dire ruminant et détaché, dans le rôle de cet architecte trop brillant pour la plèbe, Raymond Massey dans celui de la figure hearstienne du nabab qui découvre trop tard qu’il dispose d’une conscience ne fait hélas pas le poids.
Les quelques tonalités sombres, voire nihilistes du film sont constamment relativisées par cette romance improbable. Malgré ses qualités indéniables, à commencer par l’accusation virulente de la promotion de la médiocrité, ce mélodrame doux-amer ose rarement franchir le pas vers un propos réellement iconoclaste. L’intention de le faire y est tangible, mais le versant romantique de l’histoire ramène, pour le meilleur et pour le pire, ces idées abstraites vers une banalité plus triviale.

Vu le 23 octobre 2012, au Grand Action, Salle Henri Ginet, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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