Une journée à Rome
Réalisé par Francesca Comencini (2013)
| Durée | 82 minutes |
| Sortie | 17/07/2013 |
| Note | 6/10 |
C’est une journée spéciale pour Gina, une actrice aspirante qui est pouponnée par sa mère esthéticienne. Elle doit rencontrer un député, parent éloigné de la famille, qui pourrait donner un coup de pouce à sa carrière. La berline du notable vient chercher la jeune femme dans sa banlieue populaire. Elle est conduite par Marco, dont c’est le premier jour de travail. Alors que le rendez-vous est sans cesse repoussé par la secrétaire du député, Gina et son chauffeur sillonnent la ville éternelle et ses alentours.
La critique
Par Tootpadu 05/06/2013
Les deux extrémités du récit d’Une journée à Rome – des téléviseurs qui abreuvent inlassablement le spectateur démuni d’images trompeuses – indiquent parfaitement la place qui convient à cette classe anciennement ouvrière qui peuple les centres commerciaux, les pistes de bowling et les sites touristiques sans jamais y être autre chose qu’une nuisance qui ne peut ou ne veut pas consommer. Une fois qu’ils se sont découvert suffisamment de points en commun pour remplacer le rapport rigide du passager et du chauffeur par une complicité naturelle, encore possible à cet âge-là, les deux personnages principaux cherchent à profiter à leur façon de cette journée passée à attendre. Ce qui les unit n’est pas de l’amour à proprement parler. Il s’agit néanmoins d’une parenthèse romantique assez prononcée pour leur permettre de faire de plus en plus abstraction de leurs rôles respectifs de subordonnés dans le grand schéma d’exploitation qui régit la société italienne en particulier, et celle de l’Europe en général.
Le réveil est d’autant plus douloureux que la chimère d’un comportement entravé par aucune règle avilissante était devenue de plus en plus délicieuse. En permettant aux personnages de respirer et de prendre leurs aises dans les établissements chics qui leur seraient normalement interdits, la mise en scène tend subtilement le piège de la chute qui sera par conséquent aussi rude qu’abrupte. Entre l’idéalisme enfantin de Marco, un bon gars servile qui a choisi l’opportunisme comme religion mensongère pour justifier les sacrifices de sa mère, et la résignation honteuse de Gina, déjà amplement corrompue par le fonctionnement dégradant du monde du spectacle auquel elle aspire, il ne paraît y avoir aucune voie médiane qui permettrait de garder sa dignité intacte, sans pour autant s’abaisser sans broncher pour ramasser les quelques miettes qui tombent de la table des grands et puissants.
La narration de Francesca Comencini dresse avec beaucoup de franchise et peu de complaisance le portrait d’une Italie qui étouffe ses propres enfants. Ces derniers sont certes en mesure de rêver de choses ordinaires, comme cette idée farfelue de fonder une famille alors qu’ils ne savent même pas encore voler de leurs propres ailes. Mais cette naïveté touchante est écrasée sans ménagement par le respect scrupuleux des rôles dociles que la société leur a désigné.
Vu le 5 juin 2013, à la Salle Pathé Lincoln, en VO