Femmes de mes amis (Les)
Réalisé par Hong Sang-soo (2010)
| Durée | 127 minutes |
| Sortie | 05/05/2010 |
| Note | 6/10 |
Le réalisateur de films art & essai Ku Kyung-nam est convié au festival de Jecheon en tant que membre du jury. Alors que le programme et les délibérations l'ennuient à en mourir, Ku rencontre par hasard un ancien ami qui l'invite chez lui.
Deux semaines plus tard, le réalisateur est invité par son ancienne école de cinéma sur l'île de Jeju, pour y parler de ses films. Ce ne sont pas tant les beuveries des étudiants qui l'intéressent, mais les retrouvailles avec Yang Cheon-soo, son ancien professeur d'art plastique. Celui-ci profite de sa retraite en compagnie de sa jeune épouse Ko Sun, qui n'est personne d'autre que l'amour de jeunesse de Ku.
La critique
Par Tootpadu 07/04/2010
Hong Sang-soo est un maître du jeu sur la durée et le calme, qui ne sont perturbés que par des coups de théâtre ponctuels qui laissent ses héros, déjà passablement paumés, encore plus désemparés. Les intrigues de la plupart de ses films que nous avons vus jusqu'à présent, se ressemblent dans les thèmes abordés (le talent et le couple en crise) et dans la trame narrative qui mène le protagoniste au fil des rencontres avec d'anciens amis, vers une sorte d'éclaircissement existentiel, suivi ou pas par une mise en question sérieuse. Le cinéma de Hong Sang-soo est marqué par la pondération, présentée sous un jour formellement séduisant, dans laquelle se complaisent ses protagonistes veules. Dans le meilleur des cas, ces derniers sont les observateurs désabusés du monde qui les entoure. Et dans le pire des cas, pour eux et certainement pas en termes cinématographiques, ils sont les vaisseaux inconsistants d'une volonté extérieure qui les ballotte d'une situation compromettante à l'autre.
Comme dans ce film-ci, où le réalisateur Ku, nulle part à l'aise, que ce soit dans la prise de contact avec les autres membres du jury ou sous la couette avec son amour d'antan, se trouve dans une position embarrassante de décalage entre ce que son entourage attend supposément de lui et sa propre vacuité. Un esprit satirique de la plus pure espèce anime en effet de temps en temps Les Femmes de mes amis, qui nous rappelle, toutes proportions et différences culturelles gardées, le ton caustique d'un Robert Altman et l'ego complexé d'un Woody Allen. Incapable de se contenter de son statut de réalisateur modeste, Ku ne lésine pas sur les faux pas et se trouve du coup dans un imbroglio d'autant plus préoccupant, qu'il paraît se répéter à l'identique pendant la deuxième partie du film.
Si Hong Sang-soo affectionne les figures de style et les situations de départ semblables, il n'est pas pour autant un réalisateur qui tourne sans relâche le même film. Ainsi, il fait appel dans le cas présent à un humour dérisoire, qui était moins prononcé dans ses films précédents. Le parcours navrant du personnage principal relève du coup un peu de la dissection moqueuse de ses déboires professionnelles et privées. Mais le ton si personnel de Hong Sang-soo assure en même temps une torpeur bénéfique, de laquelle il sait nous réveiller magistralement et par intermittence sans crier gare.
Vu le 29 mars 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO