Temps de l'aventure (Le)
Réalisé par Jérôme Bonnell (2013)
Drame romantique
| Durée | 105 minutes |
| Sortie | 10/04/2013 |
| Note | 6/10 |
L’actrice Alix joue dans une pièce de théâtre à Calais. Tôt un vendredi matin, elle prend le premier train afin de retourner à Paris pour une audition. Pendant le voyage, elle remarque un homme anglais, Douglas. Alors qu’elle lui a brièvement adressé la parole avant la descente, elle le perd de vue par la suite. Une fois son rendez-vous catastrophique passé, Alix, en panne de téléphone et d’argent, décide de retrouver l’étranger mystérieux à l’église où il devait se rendre pour un enterrement.
La critique
Par Tootpadu 22/05/2013
La gêne et la pudeur, la passion et la perversion : des sentiments contradictoires s’entrechoquent délicatement dans le cinquième film de Jérôme Bonnell. Tributaire d’un mélange adroit entre la subtilité et un rapport plus concret à la réalité, le ton du Temps de l’aventure s’emploie à explorer la fragilité d’une femme perdue, dans ses émotions et dans une ville qu’elle devrait pourtant connaître. La chimère de l’amour lui donne un semblant de repère, mais la nouvelle relation sert avant tout comme révélateur des incohérences de sa propre vie. La rencontre avec un homme qui l’aime peut-être justement parce qu’elle représente une énigme pour lui, elle qui ne pourrait pas être plus banale et paumée dans sa gestion improvisée et impulsive d’un quotidien pesant, compte parmi ces belles histoires d’amour éphémères comme les bientôt deux retrouvailles entre Jesse et Céline chez Richard Linklater et la saga des Before ….
Pourtant, la complicité profonde entre les deux amants n’a pas le temps de s’installer réellement ici. Alix est trop prise au piège d’un mouvement de fuite, sous l’air trompeur d’une déambulation parisienne en attendant l’heure de départ de son train de retour en province, qu’elle rate invariablement. La force et la sérénité que l’aventure avec Douglas lui confère, ne deviennent apparentes qu’au moment où elle se retrouve à nouveau toute seule, plus désemparée que jamais, voire démunie puisqu’elle doit quémander de l’argent auprès de sa sœur pour avoir de quoi payer un café. Le rapport de force entre ce qui est – une existence laborieuse avec un compagnon qui se dérobe à ses appels – et ce qui pourrait être – une nouvelle vie à l’étranger avec l’homme d’un coup de foudre tenace – devient alors de plus en plus oppressant pour Alix, un malaise habilement traduit en termes cinématographiques par des champs constamment bouchés. Et quand la vue est enfin dégagée, c’est pour nous présenter le gouffre du couloir de l’hôtel, au bout duquel se trouvent sans aucun doute possible la perte morale et l’épanouissement romantique de cette comédienne désabusée.
Comme à son habitude, le réalisateur Jérôme Bonnell nous conte cette affaire d’un jour avec une finesse et une absence de pathos des plus fascinantes. Que ce soit du côté de la gestion d’un récit, qui tire en grande partie son intensité du temps qui s’écoule trop vite et qui, subjectivement parlant depuis le point de vue du personnage principal, n’est jamais en adéquation avec les horaires de train, ou de celui encore plus raffiné des tourments émotionnels qu’Alix et Douglas traversent, sa narration aboutit à l’exemple parfait d’un drame romantique certes exigeant, mais aussi profondément touchant par son équilibre doucement pragmatique entre le rêve et la réalité.
Pourtant, la complicité profonde entre les deux amants n’a pas le temps de s’installer réellement ici. Alix est trop prise au piège d’un mouvement de fuite, sous l’air trompeur d’une déambulation parisienne en attendant l’heure de départ de son train de retour en province, qu’elle rate invariablement. La force et la sérénité que l’aventure avec Douglas lui confère, ne deviennent apparentes qu’au moment où elle se retrouve à nouveau toute seule, plus désemparée que jamais, voire démunie puisqu’elle doit quémander de l’argent auprès de sa sœur pour avoir de quoi payer un café. Le rapport de force entre ce qui est – une existence laborieuse avec un compagnon qui se dérobe à ses appels – et ce qui pourrait être – une nouvelle vie à l’étranger avec l’homme d’un coup de foudre tenace – devient alors de plus en plus oppressant pour Alix, un malaise habilement traduit en termes cinématographiques par des champs constamment bouchés. Et quand la vue est enfin dégagée, c’est pour nous présenter le gouffre du couloir de l’hôtel, au bout duquel se trouvent sans aucun doute possible la perte morale et l’épanouissement romantique de cette comédienne désabusée.
Comme à son habitude, le réalisateur Jérôme Bonnell nous conte cette affaire d’un jour avec une finesse et une absence de pathos des plus fascinantes. Que ce soit du côté de la gestion d’un récit, qui tire en grande partie son intensité du temps qui s’écoule trop vite et qui, subjectivement parlant depuis le point de vue du personnage principal, n’est jamais en adéquation avec les horaires de train, ou de celui encore plus raffiné des tourments émotionnels qu’Alix et Douglas traversent, sa narration aboutit à l’exemple parfait d’un drame romantique certes exigeant, mais aussi profondément touchant par son équilibre doucement pragmatique entre le rêve et la réalité.
Vu le 21 mai 2013, au MK2 Hautefeuille, Salle 3, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10