Ultimatum des trois mercenaires (L')
Réalisé par Robert Aldrich (1978)
| Durée | 144 minutes |
| Sortie | 13/12/1978 |
| Note | 7/10 |
Le dimanche 16 novembre 1981, trois hommes s’introduisent dans la base militaire Silo 3 dans le Montana. Sous le commandement de l’ancien général Lawrence Dell, ils exigent quelques millions de dollars, une extradition à bord de l’avion du président, ainsi que la publication par ce dernier d’un rapport classé secret défense sur les raisons de l’implication américaine dans la guerre du Vietnam. Si leurs demandes ne sont pas exaucées, ils menacent de faire décoller les neuf missiles nucléaires sous leur contrôle. Le président David Stevens convoque ses plus proches collaborateurs à une réunion d’urgence, afin de décider ensemble comment répondre à cet ultimatum sans issue paisible.
La critique
Par Tootpadu 09/05/2013
Les choses n’étaient guère si différentes sur la scène politique à la fin des années 1970, à quelques encablures temporelles de la prise d’otages à l’ambassade de Téhéran, l’ultime humiliation pour la conscience collective américaine dans une longue série d’impasses militaires et politiques. Sur le grand écran, les spectateurs avaient cependant le privilège d’assister aux dernières convulsions d’un cinéma moderne et iconoclaste, qui n’allait pas tarder à être balayé par le vent du changement reaganien de la décennie suivante. L’Ultimatum des trois mercenaires est sans aucun doute un film marqué par son temps : en mal, par l’emploi abusif du dispositif de l’écran divisé, et surtout en bien, par une conscience politique à la noirceur déprimante. Son côté militaire y prend la fonction de la pointe de l’iceberg d’un malaise national bien plus profond que quelques vieux généraux acariâtres qui se livrent des jeux de guerre à l’ancienne. Après une première partie presque laborieuse, avec cette prise du bunker filmée sans un sens aigu pour l’action, la narration apprécie heureusement mieux l’envergure des enjeux de cette intrigue pas si improbable que ça.
Car cette épopée à la tension suffocante de Robert Aldrich a beau être typique de l’antagonisme brûlant de la Guerre froide, elle ne pose pas moins des questions qui dérangent jusqu’à ce jour. Face à l’impossibilité d’accéder à un niveau de transparence acceptable pour les maîtres chanteurs en particulier, et pour l’opinion publique en général, le récit évoque froidement le manque d’options dans notre monde qui vit toujours sous la menace hypothétique d’un anéantissement nucléaire. Les ennemis imaginaires ou concrets de la grande nation américaine ont peut-être changé au cours des trente-cinq dernières années. Sa politique internationale est par contre toujours un tas de décisions prises à la va-vite et en fonction de l’intérêt économique, au lieu d’être à la hauteur de la responsabilité visionnaire qui revient à une puissance mondiale. Soigneusement caché derrière la distribution truffée de vétérans du cinéma hollywoodien et un compte à rebours en guise de prétexte pour faire avancer l’intrigue, le propos fort pessimiste sur la volonté du système américain de maintenir le statu quo – peu importe les sacrifices que cette doctrine réactionnaire implique – est tout à l’honneur de ce film brillant.
Revu le 8 mai 2013, au Champo, Salle 2, en VO