Paradis Espoir
Réalisé par Ulrich Seidl (2013)
| Durée | 92 minutes |
| Sortie | 24/04/2013 |
| Note | 5/10 |
Melanie passe ses vacances d’été dans un centre de régime à la campagne. Alors que le programme d’amaigrissement ne donne guère de résultats, la patiente s’entiche du médecin en charge de l’institution. Melanie ne rate pas une occasion d’aller le consulter, au point qu’une certaine complicité naît entre l’adolescente et le quinquagénaire. Lorsque Melanie se confie à sa camarade Verena et qu’elle tente d’exprimer physiquement ses sentiments envers son premier vrai amour, le docteur cherche à mettre un terme à cette relation inappropriée.
La critique
Par Tootpadu 09/04/2013
Contrairement à ces derniers, qui se complaisaient à sonder sans pitié les profondeurs ignominieuses de notre civilisation et de l’âme humaine, ce film-ci exige une lecture plus nuancée, afin de déceler à quel endroit y sommeille la perversion. En apparence, l’histoire de ces adolescents obèses qui suivent contre leur gré un régime assez archaïque, surtout du point de vue des exercices sportifs, tout en faisant le genre de bêtise anodine de rigueur à leur âge, peut presque paraître inoffensive. Des réalisateurs aussi friands des marges de la société que Ulrich Seidl, comme Larry Clark ou Pier Paolo Pasolini, dans le contexte d’un microcosme qui dégénère dans Salo ou les 120 journées de Sodome, nous ont effectivement habitués à pires excès et provocations de dégoût. Après avoir survécu à la vulgarisation de la chair et celle de la religion, on resterait presque sur notre faim avec ce troisième film, dont les personnages n’osent jamais franchir le pas. Ou bien quand ils tentent le diable, par le biais d’une séance de pelotage en boîte ou d’une fête nocturne en cachette, c’est pour mieux se faire rappeler à l’ordre par une autorité en panne de force de conviction.
Alors que son regard sur l’âge adulte n’aurait pas pu être plus cinglant, Ulrich Seidl fait preuve d’une clémence toute relative à l’égard d’une adolescence innocente, qui se cherche en empruntant les mauvais chemins. C’est peut-être justement son impossibilité de passer à l’acte, à cause du décalage préjudiciable de notre époque entre le fantasme virtuel et la réalité plus crue et difficilement contrôlable, qui indiquerait une forme de lâcheté et d’incapacité de vivre, en fin de compte aussi triste et désespérante que les fléaux décriés avec plus de cruauté dans les deux films précédents.
Nous avons beau admirer la démarche du réalisateur, qui a suivi le système de Lucas Belvaux de Un couple épatant / Cavale / Après la vie sur un ton nettement plus sérieux, cette conclusion pratiquement apprivoisée, comparée à la férocité des deux premiers films, nous laisse plutôt perplexes quant à ses véritables intentions. A moins que le fait de placer en dernière position le périple de la fille de Téresa et de la nièce de Anna Maria, soit en lui-même un commentaire machiavélique sur l’avenir très sombre qui attendra cette pauvre gamine paumée.
Vu le 8 avril 2013, au Club de l'Etoile, en VO