Coeur a ses raisons (Le)

Réalisé par Rama Burshtein (2013)

Drame
Coeur a ses raisons (Le)
Durée 90 minutes
Sortie 01/05/2013
Note 6/10

A désormais dix-huit ans, Shira, la fille du rabbin, est en âge de se marier. Alors qu’un futur mari est déjà tout désigné au sein de la communauté juive orthodoxe de Tel Aviv à laquelle elle appartient, sa sœur aînée Esther meurt en couches. Une fois le deuil de cette perte terrible passé, le veuf Yochay pense à se remarier. Afin d’éviter que son petit-fils lui soit enlevé, la mère de Shira propose que celle-ci remplace la défunte. Un arrangement qui devra faire du chemin avant que tous les participants ne l’acceptent.

La critique

Par Tootpadu 04/04/2013

Le Cœur a ses raisons est le cas aussi rare que précieux d’un film fait depuis l’intérieur d’un microcosme clos auquel nous n’avons normalement pas accès. Alors qu’il existe quelques films sur le monde hassidique, cette société parallèle qui vit selon des préceptes inchangés depuis des siècles, ceux-ci prennent invariablement position par rapport à lui, comme s’il devait forcément y avoir des frictions entre cette communauté croyante et le monde laïque. La subversion a été particulièrement sournoise dans Tu n’aimeras point de Haim Tabakman, un film bercé d’un doux vent de contestation que la réalisatrice Rama Burshtein ne partage pas nécessairement. L’histoire qu’elle conte se garde en effet soigneusement d’émettre un jugement à l’égard d’une famille aux prises avec une situation matrimoniale complexe.
La belle photographie de Asaf Sudry a tendance à plonger le récit dans une préciosité plastique, qui interdit d’emblée tout fanatisme des sentiments ou des mœurs. Ainsi, même si les stratagèmes les plus farfelus sont esquissés dans les coulisses, tout se déroule dans une certaine résignation, voire dans la soumission à un code éthique fixé par les hommes, porteurs de l’autorité religieuse à peine faillible. Ce climat d’obéissance inconditionnelle se manifeste surtout du côté du personnage principal, une jeune femme qui devient pragmatique au fur et à mesure que le cours de sa vie est décidé pour elle. Sauf que la trajectoire de l’arrangement ne suit point une ligne droite, entre le décès de la sœur et ce premier moment effrayant sans le carcan protecteur de la religion lors de la nuit des noces. Elle est au contraire faite de doutes, d’erreurs et de revers, qui signifient mieux que tout discours partial que même chez les juifs orthodoxes, l’humanité se fraie son chemin à travers la chape de plomb des commandements.
Aussi reconnaissants cette nouvelle voix du cinéma israélien nous rend-elle, nous nous demandons bien quel avenir s’offre à Rama Burshtein, elle-même étroitement liée au monde qu’elle filme. A moins qu’elle devienne en quelque sorte la porte-parole cinématographique de cette congrégation doucement fanatique, nous avons du mal à imaginer comment ce coup d’essai beau et prometteur se transformera pour elle en une carrière dans le milieu mondain du cinéma, qui se trouve certainement à l’antipode de la tranquillité préservée, évoquée ici avec tant de passion lucide.

Vu le 2 avril 2013, au Club 13, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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