Mystery

Réalisé par Lou Ye (2013)

Thriller
Mystery
Durée 98 minutes
Sortie 20/03/2013
Note 6/10

Lu Jie croit son bonheur familial intact. Elle avait arrêté de travailler depuis la naissance de sa fille An-An et fait entièrement confiance à son mari Yong-Zhao. La chute est d’autant plus rude, quand elle le voit entrer dans un hôtel avec une jeune femme. Inconsolable, elle évite de confronter son mari, inquiété par la police suite à la disparition de sa maîtresse dans un accident de voiture. Mais Yong-Zhao cache un secret encore plus lourd.

La critique

Par Tootpadu 14/03/2013

Ca se complique, et se complique, et se complique … Pour son nouveau film, le premier qu’il a officiellement pu tourner en Chine après une interdiction de cinq ans, le réalisateur Lou Ye adopte le principe de la poupée russe. La complexité de l’intrigue de Mystery s’intensifie, au fur et à mesure que de nouveaux personnages se joignent à ce qui ne paraissait d’abord être qu’un drame conjugal classique. Or, très tôt l’irresponsabilité généralisée laisse craindre le pire dans ce thriller orchestré selon les règles de l’art. Une virée en voiture sous une pluie battante et rythmée par une Ode à la joie, qui célèbre désormais la supériorité de la Chine, se solde ainsi par l’accident mortel supposé être à l’origine de l’histoire. Sauf que le scénario s’emploie à malicieusement brouiller les pistes par la suite, comme pour mieux nous induire en erreur dans cet univers sournoisement hostile de la mégapole de Wuhan.
Alors que nous sommes encore relativement dupes de cette drôle de coïncidence, qui confronte Lu Jie à la suspicion d’adultère exactement au même moment où sa nouvelle amie Sang Qi se confie à elle pour le même genre de problème, nous devenons de moins en moins crédules des pièges successifs que le récit à tiroirs fascinant nous réserve. Après le choc initial, il n’y est plus question de morale, mais de ruses perfides et d’arrangements malhonnêtes, qui – selon le réalisateur – constitueraient le mode de vie typiquement chinois par les temps qui courent. En dépit de quelques digressions anecdotiques, qui soulignent le grand écart de la Chine actuelle entre les endroits mal famés, la précarité des taudis et l’aspect désolant des terrains vagues d’un côté, et un foyer faussement préservé et des magasins de luxe qui proposent de la haute couture coréenne de l’autre, la narration ne s’attarde guère sur un constat social potentiellement alarmant. Elle préfère plonger de plus en plus profondément dans les arcanes d’une simple affaire de mœurs, qui prend progressivement une allure de tragédie dont personne ne sortira indemne. La course effrénée vers la prise d’intérêt égoïste atteint son sommet, lorsque pratiquement tous les personnages se sont transformés en des monstres sans âme. Les tentatives désespérées de la police de réunir les fils dispersés des coupables à différents niveaux doivent forcément y échouer.
Après la déception de Love and bruises, Lou Ye aura cependant réussi haut la main l’exploit de nous gratifier d’un film de genre fiévreux. A moins que son aspect le plus passionnant ne soit la maîtrise de dispositifs formels, comme une photo excessivement agile, que la mise en scène sait parfaitement mettre au service d’une trame narrative agréablement retorse.

Vu le 13 mars 2013, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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