Zaytoun

Réalisé par Eran Riklis (2013)

Guerre
Zaytoun
Durée 110 minutes
Sortie 27/02/2013
Note 6/10

En 1982, le jeune Fahed vit avec son père et son grand-père dans le camp de réfugiés palestiniens Chatila à Beyrouth, au Liban. Alors que l’armée israélienne mène une campagne sévère contre les insurgés sur le territoire libanais, les trois générations rêvent chacune à sa façon de retourner sur la terre de leurs ancêtres. Suite à la mort de son père lors d’un raid aérien, Fahed jure de se venger de l’ennemi israélien et s’investit encore plus dans le programme d’entraînement pour les futurs terroristes palestiniens. Quand un avion de chasse israélien est abattu au-dessus de Beyrouth, le pilote Yoni est fait prisonnier par le commando auquel appartient Fahed.

La critique

Par Tootpadu 14/02/2013

Dans sa quête exemplaire d’une réconciliation entre son peuple et les Palestiniens, le réalisateur israélien Eran Riklis continue de se diriger vers le passé. L’Histoire commune entre ces deux adversaires de longue date était déjà assez chargée au début des années 1980, une période que le cinéma de Riklis prend comme arrière-plan temporel pour la deuxième fois consécutive, après Playoff. La suite les a plus que jamais éloignés, jusqu’à figer complètement le processus de paix, au point mort depuis de nombreuses années. Du massacre de Sabra et Chatila, qui a été perpétré presque immédiatement après l’action de Zaytoun, à la construction des colonies juives sur le territoire palestinien, les obstacles avant d’atteindre un terrain d’entente n’ont jamais semblé plus insurmontables qu’aujourd’hui. Dans un tel climat de méfiance mutuelle et de voies diplomatiques bloquées par une politique de l’autruche et de la sourde oreille des deux côtés de ce mur horrible qui sépare Israël de la Cisjordanie depuis plus de dix ans, la volonté de la part du réalisateur d’établir le dialogue se concentre sur des rapports humains très simples et directs. Malgré toute la bonne volonté qui les anime, ces derniers ont tendance à se rompre sous le poids d’une haine enracinée profondément par la faute d’un discours radical que Eran Riklis ne cautionne nullement, mais dont il ne nie pas non plus l’existence persistante.
Cet endoctrinement commence bien sûr dès l’enfance. Sauf que le regard que la mise en scène jette sur l’existence précaire de Fahed est dépourvu de la moindre complaisance misérabiliste. Il se distingue au contraire par une vigueur et une élégance formelle, qui dénoteraient presque dans le vocabulaire cinématographique généralement plus sobre du réalisateur. La première partie du film est ainsi un formidable hymne à la survie en temps de guerre, un conte doucement édifiant sur la débrouillardise d’un jeune adolescent qui sait préserver ses rêves alors qu’il est entouré de fantômes. L’image la plus poignante du film, ce sont en effet ces photos des camarades de classe morts en tant que dommages collatéraux d’un conflit qui avait débuté avant même leur naissance, placées en guise de souvenir sinistre à la place qu’ils occupaient en salle de cours. Bien qu’il note sagement dans son cahier les noms des défunts sur la liste personnelle des martyrs, le personnage principal préfère vaquer à des occupations propres à son âge, comme des matchs de foots turbulents dans les ruines de son camp poussiéreux et peu sûr.
Sans surprise, cette idylle trompeuse n’est pas faite pour durer. Le ton se durcit dès la mort du père et l’absence de perspectives pousse Fahed à se radicaliser : d’abord en devenant le geôlier le plus impitoyable, voire gratuitement cruel, du pilote prisonnier, puis en s’associant à celui-ci afin de chercher son bonheur loin de ce refuge de fortune où plus personne ne veut de lui. La deuxième partie du film devient alors un peu plus consensuelle, moins virtuose que l’introduction à la vie débordante. Le retrait vers une harmonie difficile à établir correspond cependant mieux à l’animosité viscérale que les deux fuyards éprouvent l’un pour l’autre. Ce n’est qu’à l’écart des impératifs d’une civilisation polarisante qu’une amitié sincère pourra naître entre Fahed et Yoni, avant d’être rattrapée par la réalité, qui prévoit un avenir point radieux pour eux en dépit de la note finale assez optimiste.
Le cinéma israélien se porte étonnamment bien, vu le contexte culturel d’un pays qui est constamment au bord de l’état d’urgence. Eran Riklis, un cinéaste dont nous apprécions de plus en plus l’œuvre, film après film, y compte parmi ces voix modérées qui – espérons le – sauront un jour faire entendre raison à une situation inextricable et potentiellement dangereuse pour la paix globale de l’humanité.

Vu le 14 février 2013, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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