Mes héros

Réalisé par Eric Besnard (2012)

Comédie
Mes héros
Durée 91 minutes
Sortie 12/12/2012
Note 4/10

Olga n’aime pas qu’on la contredise. Mariée depuis quarante ans avec Jacques, elle l’a quitté parce qu’elle s’inquiète trop pour sa santé et que lui, en petit vieux qui se respecte, ne la suit plus dans son engagement pour les causes perdues. Placée en garde à vue à Bordeaux après une altercation à l’hôtel, Olga ne peut compter que sur son fils Maxime, un ambulancier cocu et criblé de dettes, pour la faire sortir de prison. Elle consent de retourner auprès de Jacques à une condition : faire un bref détour afin de récupérer Tiemoko, un petit garçon d’origine africaine, recherché par les gendarmes depuis que sa mère, en situation irrégulière, a été interpellée. Maxime accepte à contrecœur d’aider sa mère à accueillir l’enfant chez elle, à la campagne.

La critique

Par Tootpadu 16/12/2012

On connaissait déjà le cinéma bien franchouillard, attaché à une conception rétrograde de notre pays d’adoption, jamais trop frileux pour colporter les clichés les plus chauvins sur la France. Ce versant pas toujours reluisant du cinéma populaire, il était autrefois la chasse gardée de Jacques Villeret et Michel Serrault, comme par exemple dans Un crime au paradis de Jean Becker. Et puisque Gérard Jugnot s’improvise de plus en plus en héritier à peu près digne de ces légendes de films qui sentent bon le terroir, il est bien sûr de la partie dans cette histoire consensuelle à souhait. La mise en scène de Eric Besnard n’y lésine pas sur les moyens pour créer un monde préservé, où le rythme de vie est calqué sur la cueillette des champignons et où les valeurs traditionnelles de la famille sont maintenues coûte que coûte, peu importe le nombre de fois que les personnages s’engueulent à cœur joie.
L’immense problème de Mes héros est cependant que cet univers concentré exclusivement sur lui-même cherche tout à coup à acquérir une conscience sociale plus blanche que neige. L’apparition du garçonnet africain va déclencher une avalanche de bons sentiments de plus en plus envahissante, dont la seule finalité dramatique paraît être de mettre en valeur la force morale de cette famille très convenable. De même, la représentation de Tiemoko, un enfant facile à vivre et bien éduqué, est si aseptisée qu’elle borde au genre de racisme inversé qu’on pensait dépassé depuis les années 1960, quand Sidney Poitier devait rassurer le public blanc qu’il existe des hommes noirs prêts à se plier en quatre pour s’intégrer docilement dans son ordre social. Dans le cas présent, l’activisme en faveur des sans-papiers de la part d’Olga n’apparaît jamais comme plus qu’un prétexte maladroit pour redorer le blason d’une population rurale, que seuls les esprits parisiens les plus étroits doivent encore considérer comme des inconditionnels des idées abjectes des partis de l’extrême droite.
Guère édifiante d’un point de vue idéologique, cette prétendue comédie ne se rattrape point par un humour notable. La narration très bancale réussit plus à nous rendre insupportables les personnages passablement névrosés qu’à trouver quoique ce soit de pertinent, ou au moins de divertissant, à dire sur le contrat des générations, le clivage entre la campagne et la ville, la vieillesse partagée à l’issue d’une longue vie commune, ou les véritables problèmes existentiels des étrangers, quand ceux-ci ne correspondent pas à l’image proprette qu’on se complaît à se faire d’eux.

Vu le 16 décembre 2012, à l’UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 11

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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