Maniac

Réalisé par Franck Khalfoun (2013)

Horreur, Interdit aux moins de 16 ans
Maniac
Durée 89 minutes
Sortie 02/01/2013
Note 5/10

Frank habite seul dans une boutique à Los Angeles, où il restaure des mannequins anciens. Traumatisé par la sexualité de sa mère, ce jeune homme solitaire n’a pas réussi à établir un rapport sain avec les femmes. Pire encore, il les suit dans la nuit et les scalpe avant ou après les avoir tuées. Sa rencontre avec Anna, une photographe française qui voue le même respect que lui aux mannequins, donne à Frank l’espoir de pouvoir s’affranchir de ce cercle vicieux meurtrier.

Les critiques

Par Mulder 12/12/2012

En 1980, William Lustig réalisa avec un tout petit budget un très grand film d'horreur porté par l'interprétation de Joe Spinell (également crédité comme scénariste et producteur exécutif). Son film nous présentait un serial killer scalpeur dans son quotidien. Les maquillages très convaincants de Tom Savini avaient fait de ce film un classique indémodable de l'horreur viscérale. Les nombreuses scènes gore superbement filmées imposaient un jeune réalisateur de 25 ans comme un des maîtres de l’horreur, aux côtés de John Carpenter, David Cronenberg, et Sam Raimi.

Depuis Haute tension, nous savions que Alexandre Aja était non seulement un brillant réalisateur, mais aussi un scénariste convaincant. La scène de la station-service dans Haute tension avait été réalisée de la même manière que celle entrevue dans le film Maniac. Fort de deux remakes convaincants (La Colline a des yeux et Piranha 3D), il signe ici le scénario et laisse à l'un de ses collaborateurs, Franck Khalfoun, la réalisation. Ils avaient déjà collaboré de la sorte pour 2ème sous-sol.

Afin de donner une raison d'exister à ce remake, Alexandre Aja en qualité de scénariste apporte trois idées intéressantes. Tout d'abord, le cadre du film original se déroulait dans les quartiers difficiles de New York. Dans son adaptation, il s'agit des faubourgs mal famés de Los Angeles. Le second point réside dans le fait de filmer du point de vue subjectif, c’est-à-dire que la caméra est littéralement les yeux de ce tueur en série. Cette idée apporte un certain renouveau au film original et renforce le climat violent et sans concession de l'intrigue. Enfin, la dernière idée, la plus risquée et intéressante, donne le rôle de ce dangereux psychopathe à l'un des jeunes acteurs les plus doués et intéressants actuellement. Elijah Wood remplace donc avec une grande crédibilité Joe Spinell et montre que derrière sa face d’ange se cache un vrai psychopathe ressemblant assez à Norman Bates de Psychose. En effet, ce sont les excès de leur mère respective qui ont fait de ces deux enfants innocents de véritables monstres inhumains.

Cependant, l’interprétation guère convaincante de l’actrice Nora Arnezeder gâche un peu le plaisir. Il ne suffit pas en effet d’être une belle actrice, il faut aussi savoir donner totalement vie à son personnage. Comparé à Caroline Munro, Son jeu ne parait guère original et surtout manque de conviction et de vie. Reste qu’une nouvelle fois Elijah Wood porte le film sur ses épaules et permet à ce remake de prendre son entière raison d’être. Grand acteur de petite taille (il a même interprété un fameux hobbit), il transporte ce film et sa passion pour le cinéma de genre se ressent à chacun de ses regards caméra et à sa présence électrisante.

Alexandre Aja est l’un des jeunes réalisateurs scénaristes les plus intéressants actuellement. Non seulement de part le scénario et le fait qu’il participe à la production de ce film, il montre qu’il est un vrai passionné de cinéma de genre (d’horreur). Pour cela, on lui pardonne les quelques imperfections de réalisation de Franck Khalfoun.

Vu le 11 décembre 2012, au Max Linder, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Par Tootpadu 12/12/2012

En 1947 sortait La Dame du lac, une énième adaptation des romans de Raymond Chandler autour du détective mythique Phillip Marlowe, dans laquelle l’acteur et réalisateur Robert Montgomery employait pour la première fois pendant toute la durée d’un film le dispositif de la caméra subjective. Un procédé qui n’a pas davantage fait ses preuves que la soumission exclusive au plan-séquence testée à la même époque par Alfred Hitchcock dans La Corde, puisque le film de Montgomery n’est de nos jours connu que pour cette particularité technique, alors qu’il est autrement d’un ennui mortel. Récemment, l’adoption du point de vue d’un personnage a été repensée à travers les différents outils d’enregistrement modernes mis à contribution dans bon nombre de films d’horreur, comme les séries de REC et de Paranormal activity. Contrairement à la caméra subjective, dont le but illusoire est de faire entrer le spectateur dans la tête du personnage, ces dispositifs détournés ont su susciter une certaine frayeur, avant tout parce qu’ils prétendent justement à une position objective qui observe l’horreur depuis une position marquée par une impuissance encore accrue par le champ visuel restreint.
Or, l’horreur c’est plus ce que le spectateur doit subir en termes cinématographiques dans ce troisième film du réalisateur Franck Khalfoun que ce qui se passe au fil d’une intrigue à l’épaisseur psychologique tout à fait risible. En nous obligeant de partager le vécu du protagoniste, c’est-à-dire ses fantasmes, ses phobies, et sa vision déformée du monde, la narration a tout intérêt à rendre cette subjectivité imposée au moins passablement attrayante. Ce qui ne signifie point que nous souhaitons à tout prix nous rapprocher, voire nous familiariser avec un esprit profondément perturbé, mais que cette plongée indirecte dans son subconscient devrait au moins nous permettre de mieux comprendre ce qui le pousse à sa folie meurtrière. Hélas, il n’en est strictement rien dans Maniac, qui ressort tous les clichés psychologiques datant d’avant la sortie du film original de William Lustig en 1980. Nous n’avons en effet pas souvenir d’avoir dû suivre un raisonnement psychologique si bancal depuis les années 1960, où même le grand maître Hitchcock avait du mal à expliquer la névrose de sa héroïne dans Pas de printemps pour Marnie par un trauma enfantin.
A l’inconsistance psychologique du récit correspond au moins sa vision misogyne du monde. Alors que Frank appâte ses victimes toujours selon le même mode opératoire et que la caméra ne quitte sa tête qu’au moment le plus sauvage de l’assassinat, l’histoire se complaît dans l’orgie d’une violence gratuite et avilissante, mais nullement jouissive. En somme, ceci est l’exploration éprouvante et parfois écœurante d’un individu malade, qui ne peut compter que sur les aberrations scénaristiques et la mise en scène désordonnée pour le tirer d’affaire.

Vu le 11 décembre 2012, au Max Linder, en VO

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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