Alyah
Réalisé par Elie Wajeman (2012)
| Durée | 88 minutes |
| Sortie | 19/09/2012 |
| Note | 6/10 |
Alex est un petit dealer sans avenir dans les rues de Paris. Son frère aîné Isaac lui demande sans arrêt de l’argent pour payer ses dettes et son activité criminelle risque de l’envoyer tôt ou tard en prison. Pour changer de cap, Alex demande à son cousin Nathan de l’associer au projet d’un restaurant qu’il compte ouvrir à Tel Aviv. Malgré un manque d’intérêt en ses origines juives, Alex espère pouvoir repartir de bon pied en Israël. Mais avant de pouvoir partir, il devra prouver sa judaïcité, réunir quelques milliers d’euros en guise de participation, et couper les ponts avec son frère importun.
La critique
Par Tootpadu 28/08/2012
La volonté d’Alex de tenter un nouveau départ ailleurs, loin de cette vie parisienne qui l’exténue, a tout d’une velléité. L’appel d’un pays exotique se fait bien sûr entendre dès le tout premier plan d’Alyah, lorsque le dealer découpe précipitamment un bloc de cannabis dans les toilettes d’un café, sur fond de tableau d’un palais oriental. Mais c’est surtout l’enchaînement de galères qui le pousse réellement à mettre en action un plan, qui ne lui convient pas à première vue. Au fur et à mesure que nous faisons connaissance avec ce personnage tiraillé entre le crime prétendument facile et une ambition de faire quand même quelque chose de sa vie, il devient clair que c’est le désespoir sourd d’un homme voyant son existence s’embourber irrémédiablement qui fait avancer le récit et non pas un sursaut de volonté artificiellement idéalisé.
Le scénario ne s’attarde en effet pas trop sur les différentes démarches à effectuer avant de pouvoir prétendre au visa israélien. Que ce soit dans les bureaux de l’Agence juive ou dans ceux du rabbin, Alex paraît toujours un peu comme un élément étranger, comme un opportuniste qui cache mal son jeu, mais à qui ses origines donnent un sauf-conduit suffisant pour franchir les obstacles administratifs. Le véritable empêchement qui le retient dans son quotidien laborieux se trouve du côté familial, amical et sentimental. Le caractère plutôt passif du personnage est interprété comme une sorte de fiabilité par son entourage, qui aime s’appuyer sur lui, mais qui ne sait pas établir des liens assez forts pour faire obstruction à son élan de fuite. Les deux séquences décisives vers la fin du film, l’une tournée vers le passé et tout ce qui n’allait pas dans le couple et l’autre vers un possible avenir qui scelle pourtant la fin d’une amitié, reflètent adroitement cette dualité des sentiments, cette indécision qui sous-tend tout le récit sans pour autant le paralyser.
Car la mise en scène d’Elie Wajeman – aidée considérablement par les interprétations de Pio Marmaï, à fleur de peau et néanmoins réfléchi, Cédric Kahn, dont l’aspect antipathique sait préserver malgré tout quelque chose d’attachant, de pas forcément minable, et Adèle Haenel, la révélation féminine du film – se montre assez ingénieuse pour conférer de la vigueur à l’histoire d’un homme à qui il en manque, sinon il ne serait pas dans la situation peu enviable qui déclenche son souhait de changement d’air. A travers une narration morcelée, mais pas décousue, le réalisateur réussit à dresser le portrait d’un homme ordinaire, qui risque de se perdre à chaque instant dans les zones grises d’une existence qui ne l’est pas moins et – comble de l’ironie – qui le sera peut-être toujours une fois qu’Alex sera un immigré parmi tant d’autres, venus d’Afrique ou d’Asie, dans un pays qui n’accueille pas forcément avec plus d’affabilité ses étrangers que nous le faisons en Europe.
Vu le 27 août 2012, au Club Marbeuf