Fraises des bois (Les)
Réalisé par Dominique Choisy (2012)
Drame
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 18/04/2012 |
| Note | 6/10 |
Violette est la fille unique d’un couple d’agriculteurs, qui la délaissent ou – au contraire – la molestent. Elle compte arrêter ses études à cause de sa grossesse, alors qu’elle n’a jamais eu de copain. Gabriel, caissier à temps partiel, arrondit ses fins de mois en se prostituant. Il a surtout besoin d’argent pour payer la femme qui s’occupe de la garde de sa fille. Les chemins de ces deux êtres meurtris vont se croiser au fil des saisons, dans une Picardie sans foi ni loi.
La critique
Par Tootpadu 17/05/2012
Il émane une étrange force de fascination du deuxième film du réalisateur Dominique Choisy. D’abord, parce que même avec un budget que l’on devine dérisoire, l’aspect visuel des Fraises des bois est des plus saisissants. L’œil certain pour les plans à la beauté contemplative y est savamment contrebalancé par des motifs surprenants, comme ces chasseurs qui se promènent sur un parking de supermarché. Cette cohérence esthétique confère une unité formelle tout à fait appréciable à un récit, qui en a largement besoin pour faire passer un contenu s’aventurant encore plus hors des sentiers battus.
Car au lieu de s’attacher à une morale normalement inhérente à chaque conte, aussi abstrait et éloigné d’un univers enfantin soit-il, le film tâche de dynamiter en toute sobriété narrative les repères moraux et dramatiques les plus élémentaires. Le désarroi social des deux personnages centraux, jamais montré d’une manière réaliste, les mène vers des comportements aberrants, surtout du côté de Violette, dont nous ne savons jamais trop si elle est une hystérique exemplaire ou au contraire, la victime longtemps consentante d’une situation familiale malsaine qui n’aspire qu’à un peu de normalité. Les circonstances de la vie de Gabriel ne sont pas forcément plus claires, puisque son lien envers la fillette pour laquelle il paie n’est guère expliqué et que son existence en tant qu’homosexuel isolé en province s’articule à travers une marginalité pas toujours mal vécue d’un point de vue sexuel, mais néanmoins en proie à quelques incidents glauques.
Ces deux parias, qui subissent passivement tout le mal que leur entourage leur fait, n’aspirent pas à un bonheur abstrait ou une revanche sanglante. Leur comportement est davantage régi par une imprévisibilité totale, qui emporte le film vers un grand « n’importe-quoi » à l’effet libérateur assez étonnant. Alors que la décadence morale s’empare à la fin même du seul garant d’une certaine stabilité, le personnage de l’ami gendarme qui aurait pu indiquer un retour dans le droit chemin à la fois du côté légal et sentimental, cette abolition des dernières valeurs ne s’accompagne point d’une folie meurtrière, mais au contraire d’un apaisement et d’un départ vers de nouveaux horizons ensoleillés au bord de la mer, qui resteront probablement une chimère à cause du bagage criminel considérable de ce couple plus qu’improbable.
Cependant, la mise en scène ferme et discrète de Dominique Choisy ne se permet aucun jugement à l’égard de ces désaxés, sans espoir de pouvoir redresser la barre d’une existence sans joie. En cela, il fait partie de ces rares réalisateurs français, qui ne cherchent pas à amadouer leur public par des solutions faciles, mais qui ne le frustrent pas non plus par un vocabulaire formel inaccessible. Il réussit plutôt l’exploit notable de nous emmener pendant un temps peut-être un brin trop long vers l’odyssée hautement atypique de deux hors-la-loi potentiels, qui ne doivent même pas répondre – comble des idées libertines – de leurs actes criminels.
Car au lieu de s’attacher à une morale normalement inhérente à chaque conte, aussi abstrait et éloigné d’un univers enfantin soit-il, le film tâche de dynamiter en toute sobriété narrative les repères moraux et dramatiques les plus élémentaires. Le désarroi social des deux personnages centraux, jamais montré d’une manière réaliste, les mène vers des comportements aberrants, surtout du côté de Violette, dont nous ne savons jamais trop si elle est une hystérique exemplaire ou au contraire, la victime longtemps consentante d’une situation familiale malsaine qui n’aspire qu’à un peu de normalité. Les circonstances de la vie de Gabriel ne sont pas forcément plus claires, puisque son lien envers la fillette pour laquelle il paie n’est guère expliqué et que son existence en tant qu’homosexuel isolé en province s’articule à travers une marginalité pas toujours mal vécue d’un point de vue sexuel, mais néanmoins en proie à quelques incidents glauques.
Ces deux parias, qui subissent passivement tout le mal que leur entourage leur fait, n’aspirent pas à un bonheur abstrait ou une revanche sanglante. Leur comportement est davantage régi par une imprévisibilité totale, qui emporte le film vers un grand « n’importe-quoi » à l’effet libérateur assez étonnant. Alors que la décadence morale s’empare à la fin même du seul garant d’une certaine stabilité, le personnage de l’ami gendarme qui aurait pu indiquer un retour dans le droit chemin à la fois du côté légal et sentimental, cette abolition des dernières valeurs ne s’accompagne point d’une folie meurtrière, mais au contraire d’un apaisement et d’un départ vers de nouveaux horizons ensoleillés au bord de la mer, qui resteront probablement une chimère à cause du bagage criminel considérable de ce couple plus qu’improbable.
Cependant, la mise en scène ferme et discrète de Dominique Choisy ne se permet aucun jugement à l’égard de ces désaxés, sans espoir de pouvoir redresser la barre d’une existence sans joie. En cela, il fait partie de ces rares réalisateurs français, qui ne cherchent pas à amadouer leur public par des solutions faciles, mais qui ne le frustrent pas non plus par un vocabulaire formel inaccessible. Il réussit plutôt l’exploit notable de nous emmener pendant un temps peut-être un brin trop long vers l’odyssée hautement atypique de deux hors-la-loi potentiels, qui ne doivent même pas répondre – comble des idées libertines – de leurs actes criminels.
Vu le 16 mai 2012, au Brady, Salle 2
★★★★★★☆☆☆☆
6/10