Des étoiles

Réalisé par Dyana Gaye (2014)

Drame
Des étoiles
Durée 86 minutes
Sortie 29/01/2014
Note 7/10

Sophie quitte son Sénégal natal, afin de rejoindre son mari Abdoulaye à Turin. Ce qu’elle ignore, c’est qu’il a déjà immigré clandestinement aux Etats-Unis, où son cousin et lui cherchent désespérément un travail qui serait mieux payé qu’en Europe. En même temps, Thierno part de New York pour assister avec sa mère à l’enterrement de son père à Dakar. C’est la première fois qu’il se rend en Afrique, un continent qu’il est prêt à découvrir en compagnie de Dior, la petite sœur de Sophie.

Les critiques

Par Noodles 14/03/2014

Premier long métrage de la réalisatrice Dyana Gaye, Des Etoiles se présente sous la forme d’un récit triangulaire en faisant habilement voyager le spectateur entre les Etats-Unis, l’Italie et le Sénégal. Les trois personnages du film sont fortement liés soit par les liens du sang soit par ceux du mariage, mais ils ont surtout pour point commun d’évoluer dans un pays qui n’est pas le leur. Éparpillés sur trois continents distincts, Sophie, Abdoulaye et Thierno ne se croisent jamais, et sont confrontés à des situations totalement différentes. Ainsi, à travers ces trois destins, le film aborde plusieurs facettes du thème complexe qu’est l’immigration.

New York, Turin et Dakar vont vite s’avérer être le théâtre de leurs désillusions. C’est notamment le cas d’Abdoulaye, qui a abandonné sa femme en espérant mieux gagner sa vie en Italie puis en France, avant de se heurter à la dure réalité qu’est le revers de la médaille du fameux rêve américain. L’intégration de Sophie, qui n’est pas tant économique que culturelle, relève également du combat. La barrière de la langue ainsi que le racisme ambiant qui l’empêche de trouver du travail sont des obstacles difficiles à franchir. D’une toute autre manière, Thierno est aussi confronté à des difficultés d’intégration, lui qui découvre pour la première fois sa culture d’origine. Sa naïveté de jeune américain voulant à tout prix trouver un piano en plein milieu de Dakar doit faire face à la dure réalité du pays. Le film nous prouve tout de même qu’il est plus aisé de s’intégrer dans ce sens que dans l’autre.

Dans l’ensemble, l’angle d’approche est plutôt celui de l’intimité des personnages. En effet, le film préfère davantage se concentrer sur leur solitude et leur histoire personnelle plutôt que sur la misère à laquelle serait confrontée n’importe quelle personne immigrée. Par moment, cette misère reste simplement implicite, à l’image de ce bref plan de prostituées turinoises noires qui nous signale que Sophie, à cause de sa fragile situation, peut à tout moment finir comme elles. Idem pour les descriptions de Dakar : plutôt que de proposer de longues séries d’images insistant lourdement sur la pauvreté ambiante, la réalisatrice choisit de la résumer en quelques secondes avec cette jeune fille albinos qui vient mendier auprès de Thierno dès son arrivée à l’aéroport. Malgré la cruauté réaliste du constat qu’il dresse, Des Etoiles ne sombre donc jamais dans le misérabilisme. Il n’apparaît pas non plus comme un film consensuel, autre piège qui guette toute œuvre traitant le sujet de l’immigration.

Des Etoiles, c’est aussi et surtout un film audacieux qui mêle autant de langages que de cultures, et dont la musique nous fait presque autant voyager que les images. Malgré leur solitude, ces êtres en exil, constamment en mouvement dégagent une énergie qui emplit le film d’un profond sentiment de liberté. Ne tentant pas d’apporter une solution au problème de l’immigration, Dyana Gaye réalise ici une œuvre juste et réaliste, dont le manque de prétention est sans doute finalement l’une des forces majeures.

Vu le 17 janvier 2014, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 17/01/2014

La Terre tourne dans un cycle quasiment imperturbable. Ce sont par contre les mouvements des populations qui se sont accélérés ces dernières années, au point de brouiller irrémédiablement la carte des répartitions sociales, raciales et culturelles. Difficile de poser durablement ses valises dans un pays de nos jours, alors que le contexte économique est si fluctuant et instable que les vieilles assurances de prospérité et de sécurité matérielle risquent de ne plus avoir cours prochainement. Le premier film de la réalisatrice Dyana Gaye, elle aussi un produit de ce métissage qui caractérise notre siècle, tient compte de cette migration permanente, sans s’en alarmer, ni y voir le remède miracle pour un monde horriblement déséquilibré. Des étoiles ne nous invite point à l’évasion, mais retrace sans complaisance trois destins qui se ressemblent, et qui reflètent pourtant des facettes complémentaires d’une thématique plus riche que les démagogues protectionnistes veulent le faire croire.

Parmi les personnages de ce film touchant, seul Abdoulaye suit le parcours classique du réfugié économique. Déraciné à plusieurs reprises, il galère considérablement à New York, sa destination provisoire, qui s’avère plus hostile que hospitalière, surtout dans le froid glacial de l’hiver américain. Sa vie n’est certes pas truffée de clichés sur les vilains autochtones qui exploitent la main-d’œuvre étrangère, peu chère et sans droits. Mais la seule fois qu’il partage réellement quelque chose, même s’il ne s’agit que d’une couverture de clochard, est avec un Américain blanc, presque aussi démuni que lui, quoique pas exactement pour les mêmes raisons. Le reste du temps, il gère tant bien que mal le dilemme de chaque immigré clandestin : arriver à subsister sans rien devoir à personne et sans se faire exploiter à la moindre occasion.

Quant à Thierno, il suit le chemin inverse : celui de l’Américain qui retourne sur la terre de ses ancêtres, en offrant à ceux qui sont restés des babioles caricaturales en guise de cadeau, un peu comme le faisaient jadis les explorateurs avec les Indiens. Nullement motivé par l’argent, son périple s’inscrit dans un retour aux sources plutôt éclairé. Il ne fera jamais partie intégrante de la culture familiale d’un père qu’il aura à peine connu. Mais il sait néanmoins rester à l’écart des tentatives d’instrumentalisation de sa visite de la part de sa cousine, qui, elle, adhère encore complètement au rêve américain.

Celle qui tire peut-être le mieux son épingle du jeu est Sophie. D’abord présentée comme une sorte de paysanne et sainte nitouche, elle traverse un processus d’adaptation salutaire qui lui permettra de se sentir bien dans sa nouvelle patrie. Ce n’est point la qualité de son encadrement qui fera la différence, puisque Abdoulaye est presque traité comme un fils par le personnage qui répond au nom lourd de références Sidney Poitier et que tout le monde s’arrache l’attention de Thierno. Non, elle arrive à s’intégrer parce qu’elle abandonne ses préjugés et apprend de ses maladresses, pour désormais s’affirmer comme une Européenne fière de son héritage.

Ces trois histoires se touchent et s’enrichissent dans un rythme fluide, qui réussit l’exploit de n’en favoriser aucune. Il en résulte un film tout à fait dans l’air du temps, et simultanément attaché sans le moindre opportunisme à certains thèmes universels. La mise en scène de Dyana Gaye sait transmettre ces derniers avec un naturel désarmant, sans doute l’arme la plus subtile pour lutter efficacement contre les idées préconçues.

 

Vu le 17 janvier 2014, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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