Mystère von Bülow (Le)

Réalisé par Barbet Schroeder (1991)

Drame
Mystère von Bülow (Le)
Durée 112 minutes
Sortie 09/01/1991
Note 6/10

En 1979, la riche héritière Sunny von Bülow tombe dans le coma, dont elle ne se réveillera plus. Ses enfants soupçonnent rapidement son deuxième mari, Claus von Bülow, d’être à l’origine de cette tentative d’assassinat à l’insuline. Condamné en première instance, Claus von Bülow fait appel à l’avocat engagé Alan Dershowitz pour le défendre lors d’un deuxième procès, qui décidera définitivement de son rôle dans cette affaire. Même s’il n’est pas convaincu de l’innocence de son client, Dershowitz accepte de plaider sa cause devant le tribunal. Auparavant, il réunit ses étudiants les plus brillants chez lui, afin de démonter point par point l’argumentation de l’accusation et les preuves qui désignent dans l’opinion publique Claus von Bülow comme le coupable.

La critique

Par Tootpadu 21/03/2012

La question primaire de l’innocence ou de la culpabilité n’a jamais vraiment intéressé Barbet Schroeder. Pour lui, chaque homme se rend coupable d’office en cédant d’une manière ou d’une autre à ses bas instincts. Cette faute héréditaire, personne ne peut s’y soustraire et personne ne doit sérieusement craindre d’être jugé, par une institution légale ou divine, pour des crimes que tout le monde commet au fond à grande ou à petite échelle. L’enjeu de la plupart des films de ce réalisateur intéressant, quoique nullement virtuose, consiste à observer ces cobayes d’une moralité humaine détraquée, en train de se débattre pour préserver un minimum de ce qu’on aurait pu appeler encore au début des films respectifs une conscience tranquille. La quiétude initiale des personnages ne se base pas nécessairement sur des valeurs exemplaires et édifiantes. Au contraire, le portrait de psychopathes en marge de la respectabilité sociale est un dénominateur commun plus important dans l’œuvre de Barbet Schroeder qu’une éventuelle célébration hypocrite du maintien du statu quo. Il se dégage même de cette perspective désabusée une lucidité, qui est parfaitement consciente du fait que notre civilisation va de mal en pis, sans que l’espoir idéaliste d’une justice objective puisse la redresser in extremis.
Le Mystère von Bülow, ou le plus grand succès critique de Barbet Schroeder aux Etats-Unis qui lui a permis de fréquenter les studios hollywoodiens pendant une décennie, s’inscrit par conséquent dans la tradition des drames judiciaires comme Autopsie d’un meurtre de Otto Preminger, qui ne cherchent nullement à prouver l’innocence d’un homme injustement accusé, mais qui s’intéressent de près au dilemme moral que représente une telle défense pour des avocats qui devraient savoir mieux que d’accepter de telles affaires louches. Le point de vue principal du récit est ainsi sans surprise celui d’Alan Dershowitz, un homme de loi droit et intransigeant, qui se laisse pourtant happer par le pouvoir de séduction de Claus von Bülow. Il existe certes encore cette narration cadre en voix off, qui emprunte un peu trop lourdement chez Billy Wilder (Boulevard du crépuscule) et Joseph L. Mankiewicz (Chaînes conjugales), mais l’aspect le plus intriguant du film est clairement celle qui émane de l’esprit tordu de Claus von Bülow, que Jeremy Irons interprète avec une subtilité qui lui a justement valu un Oscar. Le tohu-bohu judiciaire, qui se résout d’une façon peu convaincante en termes dramatiques, se focalise sur ce personnage caméléon, mi-ange, mi-démon, dont la faiblesse pourrait facilement être comprise comme une force et inversement.
Notre incursion dans l’œuvre de Barbet Schroeder, lors du 23ème Festival « Théâtres au cinéma » à Bobigny, se clôt donc comme elle avait commencé deux semaines plus tôt : avec un drame judiciaire qui laisse de côté autant que possible l’aspect procédurier d’une affaire sans véritable potentiel d’un revirement insoupçonné, pour mieux se délecter en toute sobriété formelle des vicissitudes de la nature humaine, manipulatrice et moralement corrompue jusqu’à l’os.

Revu le 20 mars 2012, au Magic Cinéma, Salle 1, Bobigny, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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