Chino (El)

Réalisé par Sebastian Borensztein (2012)

Comédie Dramatique
Chino (El)
Durée 94 minutes
Sortie 08/02/2012
Note 6/10

Propriétaire d’une quincaillerie à Buenos Aires, Roberto mène un quotidien méticuleusement réglé. Ce célibataire endurci et solitaire grincheux n’attend plus rien de la vie, si ce n’est de rire jaune de son absurdité par le biais d’articles sur des faits divers bizarres qu’il découpe dans les journaux. Le Chinois Jun, lui, est tombé victime d’une de ces aberrations du destin, puisqu’une vache tombée du ciel l’a conduit jusqu’en Argentine, où il est à la recherche de son oncle. Roberto le recueille malgré lui, bien qu’il ne parle pas un mot de chinois. Pour ne pas trop perturber ses habitudes, il fixe un délai d’une semaine à son visiteur involontaire pour retrouver sa famille.

La critique

Par Tootpadu 22/02/2012

Déracinés, déplacés, sans toit, ni loi, le malheur des réfugiés est sans fin dans le sous-genre dramatique qui reflète régulièrement depuis quelques années la dure réalité de notre époque des frontières plus ou moins ouvertes. Ce film argentin doux-amer a choisi une approche un peu différente de l’éternelle litanie de la quête d’une vie meilleure ailleurs, qui se solde le plus souvent par une déchéance matérielle ou affective sans espoir de rédemption. Jun n’est pas un réfugié économique ou politique ordinaire, puisque c’est pour des raisons personnelles qu’il a entrepris le long voyage jusqu’en Amérique, et même pas celle du mythe des opportunités illimitées des Etats-Unis, mais celle plus modeste d’une Argentine sans éclat particulier. Si nous étions mauvaise langue, nous pourrions dire qu’il a troqué le cadre idyllique, voire rose-bonbon, de sa demande de mariage tragiquement tombée à l’eau contre la grisaille de la banlieue pauvre d’une capitale, dont l’attrait principal est quelque chose d’aussi immatériel que le tango. De cette obstination d’ignorer le miracle économique découle pourtant tout le charme d’El Chino, ou comment un ermite s’est fait surprendre en flagrant délit de noblesse.
En effet, il aura suffi d’un petit coup de pouce du destin pour faire tomber le mur que Roberto s’est érigé en guise de protection contre un monde qui l’insupporte à force de le décevoir. Derrière la façade d’un homme grognon et égocentrique, qui ne peut s’imaginer les histoires farfelues qu’il collectionne qu’avec lui-même dans le rôle principal, se cache bien sûr un cœur en or. Inutile pourtant d’aller chercher de grandes effusions de sentiments ou d’actes d’abnégation qui élèveraient ce personnage fort sympathique dans son cynisme pas entièrement assumé au rang de bourreau des cœurs et d’ami exemplaire. Les petites touches qui rythment la cohabitation forcée entre le commerçant solitaire et l’étranger nullement intégré visent au contraire à souligner à quel point cette situation rend Roberto mal à l’aise. La monotonie de ses rituels quotidiens l’a asséché émotionnellement jusqu’à lui interdire toute spontanéité ou improvisation pour faire face à des événements imprévus. En montrant consciencieusement les différentes manies de ce personnage enfermé dans sa propre volonté d’exclusion, la mise en scène délicate de Sebastian Borensztein dresse le portrait saisissant de la vie d’un célibataire endurci.
La rencontre avec Jun ne va pas subitement changer ce style de vie aux repères immobiles. Elle va cependant permettre de décrasser la personnalité d’un homme, que son amoureuse transie a d’emblée comprise comme l’âme blessée d’un individu généreux. Au fil des péripéties gentiment amusantes qui ordonnent le jeu de sympathie et de rejet que se livrent ces deux hommes que tout oppose, l’histoire avance sans gêne vers une conclusion prévisible, qui fait pourtant chaud au cœur. Toute la qualité de ce film séduisant, qui confirme en plus la bonne santé du cinéma argentin, se trouve là : dans sa capacité d’émouvoir simplement à partir d’une histoire qui sait déceler de la sincérité humaine, où des conteurs moins astucieux ne verraient qu’une occasion d’exploiter bêtement des clichés dans l’air du temps.

Vu le 20 février 2012, au Lincoln, Salle 3, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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