Oiseau (L')

Réalisé par Yves Caumon (2012)

Drame
Oiseau (L')
Durée 94 minutes
Sortie 25/01/2012
Note 5/10

Anne vit recroquevillée sur elle-même. Elle ne fréquente pas ses collègues dans la cuisine d’une cantine où elle travaille. Elle esquisse à plusieurs reprises les avances insistantes du cuistot Raphaël. La nuit, elle a du mal à dormir à cause de bruits étranges qui émanent d’un mur. Exténuée par ce dérangement, elle finit par le casser et libère ainsi un oiseau, qui devient son seul ami.

La critique

Par Tootpadu 31/01/2012

Le refus de vivre, qui caractérise avant tout le personnage principal du troisième long-métrage d’Yves Caumon, se manifeste à travers une passivité tellement marquée, qu’il devient difficile d’adhérer pleinement à L’Oiseau. En dépit des efforts du scénario de nous révéler petit à petit les raisons du mutisme social d’Anne, son état léthargique devient antipathique avant même qu’elle ne puisse s’ouvrir au monde extérieur. Son double, l’oiseau, sert alors de symbole pas vraiment fin pour son état d’enfermement volontaire, duquel ses rares tentatives de prise de contact ne lui permettront point de s’échapper. Le jeu de Sandrine Kiberlain sied parfaitement à cette épave émotionnelle, qui est incapable de dégager autre chose que de la fébrilité glaciale.
Seule l’interaction avec des hommes qu’elle ne veut ou ne peut retenir, réintroduit un semblant de normalité dans cette vie d’une aridité hermétique. Le regard dépité que leurs yeux lui renvoient n’a pas pour vocation de la ramener à la vie, mais de la confirmer dans son inertie en attendant la mort, qui ne viendra pas la délivrer de sa douleur de mère en deuil. Le récit dispose de suffisamment de sagesse pour ne pas exploiter ce drame personnel sous l’angle du mélodrame débordant d’effusions de sentiments. Le ton très délicat de la narration n’apporte par contre pas non plus le genre de soulagement libérateur, susceptible de briser la glace et de désencombrer la voie vers un avenir heureux.
L’approche assez poétique du réalisateur nous laisse en fin de compte avec un film conté selon les principes d’une abstraction frustrante. Le malaise existentiel de cette femme, qui végète dans le monde au point de ne plus disposer de la fermeté d’esprit nécessaire pour mettre fin à ses jours, y est transposé avec une grâce filmique par intermittence dans la figure du compagnon volatile. Seulement quand ce dernier aura disparu définitivement, Anne pourra tenter un nouveau départ, lui aussi d’emblée compromis parce qu’elle reste toujours en retrait, comme faisant partie du mobilier sur la terrasse du café au bord de la mer. Sa tragédie sous forme d’un cercle vicieux n’est donc pas qu’elle ne veut plus retrouver un rapport sain avec les hommes, mais que toutes ces années qu’elle s’est morfondue dans le regret d’une vie qui n’est plus l’ont rendue entièrement transparente.

Vu le 31 janvier 2012, au MK2 Quai de Seine, Salle 5

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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