Ambre

Réalisé par Otto Preminger (1948)

Drame
Ambre
Durée 137 minutes
Sortie 29/10/1948
Note 5/10

Au début du XVIIème siècle, à l’époque du révolutionnaire Cromwell, une petite fille est abandonnée devant la porte d’un paysan anglais. Vingt ans plus tard, alors que la monarchie a été restaurée, l’orpheline Ambre est devenue une belle femme ambitieuse. Elle cherche par tous les moyens à échapper à l’avenir tout tracé que ses parents adoptifs lui ont réservé dans un état d’esprit sagement puritain. Or, Ambre ne rêve que de prestige et de richesses. Elle profite de la première occasion – le passage du guerrier et futur corsaire Bruce Carlton – pour fuir la campagne et côtoyer de près la cour du roi Charles II.

La critique

Par Tootpadu 29/12/2011

La mode des grandes épopées à l’eau de rose avait sérieusement marqué le pas à la fin des années 1940. Près de dix ans après la fresque monumentale Autant en emporte le vent, qui avait durablement mis la barre très haut en termes de péripéties romantiques et de coups de théâtre mélodramatiques autour d’un personnage féminin en avance sur son temps, ce genre vivait ses derniers jours d’un faste désuet, alors que l’heure du cinéma américain de l’après-guerre était davantage au cynisme des films noirs et autres récits de guerre désormais exemptés des contraintes de la propagande sous sa forme la plus urgente. Cette production de la Fox, mis en scène d’une manière fort routinière par Otto Preminger, ne fait ainsi que singer sans la moindre inventivité la recette des aventures rocambolesques de Scarlett O’Hara, transposée pour l’occasion dans une Angleterre ancienne, qui répond plus aux clichés des films de cape et d’épée qu’à un réalisme historique objectivement recherché.
Au fil de la durée considérable d’Ambre, le seul enjeu pour le spectateur, guère enchanté par les revirements cycliques de cette histoire d’un amour impossible, consiste assez rapidement à reconnaître les points communs entre l’original somptueux signé Victor Fleming et sa resucée tout juste convenable, qui ne fait que prolonger artificiellement l’agonie de ces récits romanesques, qui paraissent au mieux joliment démodés de nos jours. Avec le roucoulement par intermittences des deux amoureux antagonistes en arrière-plan, la narration est sinon rythmée par des coups bas et autres stratagèmes machiavéliques, sans oublier les quelques séquences plus spectaculaires, comme l’épisode de la peste ou de l’incendie à Londres. Ces dernières paraissent pourtant tel le cousin pauvre de l’incendie d’Atlanta et des agissements de la guerre de Sécession, qui avaient été orchestrés si majestueusement dans le chef-d’œuvre de l’héritage omniprésent duquel ce film-ci éprouve le plus grand mal à s’affranchir.
Même avec des ambitions cinématographiques clairement moins affirmées, les envolées stylistiques sont quasiment absentes de ce film, muselé à la fois par l’ingérence des comités religieux de bienséance morale, qui sévissaient encore ouvertement aux Etats-Unis à l’époque, et par une réalisation qui ne parait guère motivée par son sujet, admettons-le, un brin poussiéreux. L’apparition dans des rôles secondaires de comédiens à la renommée basée sur des films plus mémorables que celui-ci, comme Jessica Tandy, Anne Revere, et Richard Haydn, ne fait que renforcer encore l’impression chez nous de n’être ici que face à une adaptation littéraire opportuniste, solide mais très pauvre en signes distinctifs.

Vu le 21 décembre 2011, au Reflet Médicis, Salle 1, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques