Love and bruises

Réalisé par Lou Ye (2011)

Drame romantique
Love and bruises
Durée 104 minutes
Sortie 02/11/2011
Note 5/10

L’étudiante chinoise Hua suit son amant français à Paris. Quand il la largue, elle erre sans but dans la rue. Elle y fait la connaissance du monteur de marché Mathieu, qui l’invite à manger et la viole lorsqu’elle ne donne pas suite à ses avances. Elle tombe néanmoins amoureuse de cet homme simple, d’un milieu social et d’une culture différents des siens.

La critique

Par Tootpadu 06/12/2011

Le métissage a du mal à s’épanouir dans le premier film que le réalisateur chinois Lou Ye a tourné en France. Au lieu d’être une célébration mesurée de la mixité, Love and bruises est la somme plus ou moins éprouvante, voire frustrante, d’une série de galères traversées par des personnages qui ne paraissent pas trop savoir ce qu’ils veulent. En effet, le film est porté par une sorte de flottement entre les cultures et surtout entre les sentiments contradictoires d’attirance et de rejet, qui rendent impossible toute relation durable. Dans le même ordre d’idées, l’agitation permanente de la caméra traduit à la fois les poussées irascibles d’un homme et d’une femme déracinés et le mouvement ininterrompu dans les grandes villes, bruyantes et hostiles, peu importe qu’elles se nomment Paris ou Pékin.
Pourtant, l’agressivité du style filmique ne réussit guère à sublimer les agissements de ces amants à fleur de peau. Lou Ye est plus un observateur distant de la déroute existentielle de ses créatures qu’un cinéaste sanguin, qui prendrait à bras le corps le déchaînement des passions. Il n’y a par conséquent rien à comprendre dans ces ébats amoureux inégaux, parfois violents, parfois torrides, mais toujours filmés comme un acte de soumission de la femme à des hommes assez machistes. Dès le début et cette séquence de viol évidemment point plaisante, la jouissance sexuelle de Hua passe par une forme d’abus et de maltraitance, qui pourrait être interprétée, à tort ou à raison, comme le vestige nauséabond de la tradition pérenne de l’assujettissement de la femme asiatique par l’homme occidental. En même temps, cette femme passablement paumée fait souffrir émotionnellement les hommes qu’elle quitte au gré de ses voyages, qui s’apparentent à l’éternel mouvement de fuite d’une personne dépourvue d’un chez-soi dans notre époque de globalisation galopante.
Toutes ces pistes de réflexion, le film ne fait hélas au mieux que les effleurer au fil d’un récit tortueux. Les frontières entre les peuples et les races ont beau s’estomper – au point de nous permettre de voir Tahar Rahim dans son premier rôle sans connotation arabe –, il n’en découle pas pour autant ici une sorte de béatitude cosmopolite, à même d’apaiser ne serait-ce qu’un peu les conflits sans solution à l’amiable qui prévalent dans l’univers de Lou Ye.

Vu le 5 décembre 2011, au Cinéma du Panthéon, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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