This must be the place

Réalisé par Paolo Sorrentino (2011)

Drame
This must be the place
Durée 119 minutes
Sortie 24/08/2011
Note 6/10

L’ancienne star du rock Cheyenne vit depuis vingt ans en réclusion à Dublin avec sa femme. Il sort de son quotidien routinier, quand il reçoit un coup de fil depuis New York, qui lui annonce que son père, qu’il n’a plus vu depuis des lustres, est à l’agonie. Puisque Cheyenne a peur des avions, il prend le paquebot pour traverser l’Atlantique, un détour qui le fait arriver en retard au chevet de son père, décédé depuis. L’ex-musicien gothique apprend alors que son père avait consacré les dernières années de sa vie à la recherche de son tortionnaire du camp d’extermination d’Auschwitz. Comme il était sur le point de le débusquer, Cheyenne décide de partir au cœur des Etats-Unis, afin d’achever la quête de son père.

La critique

Par Tootpadu 02/09/2011

Qu’est-ce que le réalisateur italien Paolo Sorrentino a-t-il bien voulu dire avec son premier film anglophone, une sorte de road-movie au moins aussi bizarre et sournoisement philosophe que son personnage principal ? Mieux vaut en effet ne pas espérer tirer quoique ce soit de concret de la vision de This must be the place. Les tentatives d’interprétation les plus évidentes sont appelées à échouer face à un film qui tient à préserver son jardin secret. Il ne s’agit pas plus d’un récit d’apprentissage que d’un constat historique tardif sur les derniers bourreaux nazis encore en vie et en liberté. La narration belle et éthérée, mais aussi un peu trop énigmatique et pseudo-artistique, de Paolo Sorrentino se dérobe à toute catégorisation hâtive pour mieux nous emmener en voyage. L’arrivée à destination n’est pas plus sure que la route à emprunter, mais grâce à la douceur de Cheyenne chaque imprévu devient la source d’un enrichissement et d’une convivialité étranges.
Jouée dans un état permanent de léthargie bienheureuse, quoique lucide, par un Sean Penn en grande forme, cette vedette vieillissante provoque par son apparence le genre de réaction que son calme flegmatique désarme immédiatement. Cheyenne n’est plus le trublion qu’il était probablement dans le passé, mais ses faux airs d’ancien drogué qui plane encore, ainsi que son comportement pas toujours convenable, cachent mal une sensibilité à fleur de peau. Il lui faudra la reconnaissance amère de son échec artistique auprès d’un musicien accompli comme David Byrne pour qu’il s’énerve réellement. Mais son détachement apparent n’est peut-être que sa façon personnelle de s’accommoder d’un monde extérieur qu’il ne comprend pas et qui est de même le plus souvent incapable de cerner sa véritable personnalité.
Autant écrire que le récit est une partie de cache-cache assez fascinante, entre le spectateur, enivré par la beauté plastique de l’image et en même temps passablement déboussolé par le propos nébuleux du film, et une mise en scène qui cherche justement à démontrer que la plupart des sentiments auxquels l’homme aspire pendant sa vie – tels la vengeance, la reconnaissance, l’amour, ou tout simplement une meilleure compréhension de soi-même – ne sont que des chimères aussi absurdes qu’un vieillard nu dans la neige ou un groupe de touristes allemands qu’on fait exprès d’éclabousser. Partager ce point de vue n’est qu’une des options et des pistes d’interprétation face à un film, qui réussit accessoirement à confier des petits rôles mémorables à des acteurs légendaires comme Judd Hirsch et Harry Dean Stanton.

Vu le 2 septembre 2011, à l’UGC Ciné Cité Bercy, Salle 34, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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