Arbre (L')

Réalisé par Julie Bertuccelli (2010)

Drame
Arbre (L')
Durée 101 minutes
Sortie 11/08/2010
Note 6/10

Peter, le mari de Dawn, meurt soudainement d’une crise cardiaque, tout près de la maison familiale. Profondément abattue par le deuil, Dawn met des semaines avant de se ressaisir et de reprendre sa vie et celle de ses quatre enfants en main. Alors que sa fille Simone est convaincue que Peter s’est réincarné en l’immense figuier qui envahit de plus en plus le terrain familial, Dawn devient la comptable du plombier George, avec lequel elle ne tarde pas à entamer une liaison.

La critique

Par Tootpadu 22/07/2010

Employer la nature comme métaphore pour décrire quelque chose de trop abstrait ou trop douloureux pour être saisi par les sens, cela n’a rien d’ingénieux. Et pourtant, dans son deuxième film, après Depuis qu’Otar est parti, la réalisatrice Julie Bertuccelli atteint un équilibre sophistiqué entre l’obligation de continuer à vivre malgré tout et le délire ésotérique autour d’un arbre mystérieux. Le trait délicat de sa narration se garde bien de trop expliciter les zones d’ombre de l’intrigue. Elle ne nous donne à aucun moment la preuve que le défunt cherche réellement à entrer en contact avec sa famille à travers l’arbre imposant. En partageant le récit entre le point de vue de la mère et celui de la fille, elle réussit un poème filmique plutôt fascinant sur les différentes formes de névrose que la perte inattendue d’une figure de référence peut prendre à travers les générations.
Car l’attachement irrationnel que Dawn, Simone, et dans une moindre mesure Lou, le fils cadet, portent à l’arbre est avant tout la réaction hystérique à la disparition du père. Tel une béquille spirituelle, l’arbre propose passivement son soutien, que la famille accepte d’autant plus volontairement que Peter a rendu l’âme lorsque sa voiture a heurté doucement le tronc majestueux du figuier de Moreton Bay. Seul le fils aîné s’avère assez lucide, ou bien métaphysiquement insensible, pour ne pas succomber au culte animiste. Ironiquement, la fuite de la réalité dans un aveuglement, qui pèse chaque décision en fonction du bien ou du mal qu’elle fera à l’arbre, est balayée par un événement en guise de catharsis, qui souligne surtout à quel point la nature, dans tout ce qu’elle a de plus cruel, se moque éperdument de l’avis et de l’investissement émotionnel des hommes. Dès lors littéralement déracinée, la famille partira à la conquête d’une nouvelle vie ailleurs, qui risque de ne pas être plus pragmatique et réaliste que l’ancienne, vu l’état d’esprit détaché de la mère après la tempête.
Sans surprise, ce sont les réalisatrices qui parlent le mieux des tourments intérieurs des personnages féminins. Le désarroi de Dawn et l’isolation de Simone résonnent aussi profondément en nous parce qu’ils trouvent dans la mise en scène de Julie Bertuccelli une forme d’expression filmique à la hauteur des ambitions abstraites de L’Arbre. La beauté visuelle de ce film australien, qui avait clôturé le dernier festival de Cannes, ne sonne ainsi jamais creux. Elle participe au contraire pleinement à l’épanouissement d’un concept narratif éthéré, quoique pas forcément engageant à la longue.

Vu le 19 juillet 2010, au Club de l’Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques