Trip (The)

Réalisé par Michael Winterbottom (2011)

Comédie Dramatique
Trip (The)
Durée 112 minutes
Sortie 20/07/2011
Note 7/10

L’acteur Steve Coogan doit parcourir pendant une semaine la campagne du nord de l’Angleterre, afin d’y chroniquer des restaurants gastronomiques pour un magazine. Alors que cet itinéraire culinaire a été initialement planifié pour et par sa copine Mischa, celle-ci a finalement décidé de marquer une pause dans leur relation et de mettre de la distance entre eux en retournant vivre aux Etats-Unis. En panne de compagnon de voyage, Steve se tourne in extremis vers son ami et confrère Rob Brydon, le seul dans son entourage qui soit disponible.

La critique

Par Tootpadu 08/08/2011

La boulimie créative de Michael Winterbottom est telle, qu’on a du mal à trouver nos repères d’appréciation au sein d’une œuvre pratiquement inclassable. Encore plus prolifique que Steven Soderbergh, le réalisateur anglais passe sans cesse d’un genre à l’autre, sans qu’un style personnel facilement reconnaissable ne se dégage des deux ou trois films qu’il fait chaque année. Ce dernier constat à peine exagéré mis à part, la cadence malgré tout soutenue de la sortie de ses films et leur qualité fort variable nous ont amenés à ne plus attendre grand-chose de ce florilège cinématographique pour le moins hétéroclite. De cette posture blasée peuvent naître à la fois de bonnes comme de mauvaises surprises. Dans le cas de The Trip, ou les retrouvailles du réalisateur avec Steve Coogan après le déjà hilarant Tournage dans un jardin anglais, il s’agit pour notre plus grand bonheur d’un retour en forme de Michael Winterbottom. Après quelques récits de fiction trop lourds de sens, il revient en effet à un type de docu-fiction larvée, dont l’humour noir sert justement à atteindre avec une subtilité remarquable l’essence humaine de l’intrigue.
La partie de campagne de deux acteurs désœuvrés a beau nous rappeler nos propres visites de festivals en compagnie de notre cher confrère Mulder – qui ne s’aventure certes pas dans un marathon d’imitations, mais dont l’idolâtrie post-pubère d’un certain type d’actrice n’est pas pour autant moins lassante –, elle accomplit l’exploit plus universel que ce simple rapprochement anecdotique de dresser le portrait doux-amer des limites d’une amitié superficielle. Steve et Rob se connaissent depuis plus de dix ans, mais leurs retrouvailles relèvent plus d’un pis-aller que de la volonté de passer du temps ensemble qui sera enrichissant pour chacun d’entre eux. Entièrement conscients de leurs défauts de caractère respectifs, ils entreprennent le voyage sans attente particulière, si ce n’est de manger bien dans un cadre bucolique et de s’extraire d’un quotidien éprouvant d’un point de vue sentimental ou familial. Une quelconque progression dramatique n’est par conséquent pas à l’ordre du jour de ce film justement passionnant, parce qu’il nous fait accéder au ressenti des personnages sans soumettre ces derniers à un périple inutilement rocambolesque.
Il n’y a donc pas d’incident notable ou d’engueulade en guise de règlement des comptes salutaire qui poserait un obstacle sur le chemin routinier des deux dégustateurs amateurs. Juste la banalité quotidienne des heures passées sur la route en chantant ou en improvisant des compétitions d’imitation, ainsi que l’éternel retour des hôtels pittoresques quoique interchangeables, à l’image des conquêtes d’un soir de Steve ou des menus hautement gastronomiques des restaurants. Ce n’est pas la destination qui importe à la narration, puisque l’on ne voit à aucun moment Steve bûcher sur la rédaction de l’article qu’il est censé écrire. Et pas non plus le voyage en lui-même, faute d’un rapprochement ou d’une éventuelle accentuation de la distance entre les deux amis. Le véritable sujet de ce film délicat et pourtant cinglant dans l’acuité de son regard, ce serait plutôt la déchéance précoce de ses personnages.
Loin de nous l’idée de tomber dans le piège de considérer ce film comme un simple auto-portrait de Steve Coogan et de Rob Brydon ; il n’empêche que l’interaction entre ces deux comédiens chevronnés est pour beaucoup dans le sentiment d’authenticité que The Trip nous inspire. Le désarroi de l’un, qui rêve d’une carrière sérieuse avec des auteurs mais qui ne se voit proposer que des séries américaines, et la bonne humeur factice de l’autre, qui a les pieds plus fermement plantés sur terre ne serait-ce qu’à cause de ses obligations familiales, ce sont là deux états d’esprit à fort potentiel caricatural. Grâce à la mise en scène précise de Michael Winterbottom, leur rencontre au fond fortuite ne devient cependant pas une farce, mais un récit de voyage très touchant, sur une multitude de contradictions inhérentes à la condition humaine, que le film porte aisément et intelligemment sur ses épaules.

Vu le 4 août 2011, au MK2 Quai de Seine, Salle 5, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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