Deux chevaux de Gengis Khan (Les)
Réalisé par Byambasuren Davaa (2011)
Documentaire
| Durée | 91 minutes |
| Sortie | 13/07/2011 |
| Note | 7/10 |
Afin d’exaucer la dernière volonté de sa grand-mère, la chanteuse Urna fait restaurer son vieux violon à tête de cheval, dont seul le cou persiste. Sur ce dernier, quelques paroles de la chanson ancestrale « Les Deux chevaux de Gengis Khan » sont inscrites. Pour parfaire l’hommage à son aïeule, Urna se rend en Mongolie intérieure dans l’espoir de trouver les strophes manquantes de ce chant tombé dans l’oubli.
La critique
Par Tootpadu 21/06/2011
Dans notre époque de la mondialisation galopante, où l’on peut trouver tout et n’importe quoi sur internet et où même les coins les plus reculés de la planète sont accessibles en à peine quelques heures, on aurait tort de croire que la culture bénéficie de cette abolition progressive des frontières dans l’espace et le temps. Alors que la disparition des espèces animales fait périodiquement parler d’elle, l’extermination tout aussi inquiétante de pans entiers de pratiques traditionnelles et de coutumes transmises par voie orale préoccupe sensiblement moins notre civilisation, prise au piège de la modernité et de la rapidité. L’uniformité dans laquelle notre style de vie s’engouffre imperceptiblement, d’abord au niveau européen et bientôt à échelle mondiale, risque de nous rendre aveugles à la nécessité de préserver – sous quelque forme que ce soit – le patrimoine culturel de l’humanité.
La réalisatrice mongole Byambasuren Davaa n’est pas vraiment le premier cinéaste à nous arriver à l’esprit pour remplir ce rôle primordial de défenseur vigoureux d’une pluralité culturelle. Là où un vieux maître comme Manoel De Oliveira s’applique depuis des décennies à explorer depuis un point de vue à forte connotation culturelle différentes époques de l’Histoire, la réalisatrice des Deux chevaux de Gengis Khan était en bonne voie de devenir la chroniqueuse officielle du quotidien monotone des nomades mongols, à travers ses deux premiers films, dont au moins L’Histoire du chameau qui pleure nous a principalement inspiré un ennui profond. Elle a adopté une forme de narration semblable dans cette nouvelle épopée, par ailleurs infiniment plus passionnante, puisque la frontière entre le documentaire et la fiction y est une fois de plus brouillée. La quête de la chanteuse pourrait certes relever de la réalité, mais la façon dont elle est filmée la place indéniablement du côté d’une mise en scène directive, nullement tributaire de scènes prises sur le vif.
L’aspect visuel fait assurément partie des points forts du film, grâce à un jeu d’alternance subtile entre les grands espaces vides de la steppe mongole et des cadrages plus rapprochés, voire remplis à ras bord de cavalcades tonitruantes. Sur cette base esthétique des plus séduisantes se développe au fur et à mesure un récit de voyage fascinant, qui contient à la fois son lot de moments amusants, comme l’envoi artisanal d’un texto ou le rétablissement de la ligne téléphonique, frustrants, puisque personne ne paraît se souvenir des paroles tant convoitées, et en fin de compte touchants, quand l’acharnement des deux femmes au cœur du film, Byambasuren Davaa derrière et Urna Chahar-Tugchi devant la caméra, aura porté ses fruits.
La réalisatrice mongole Byambasuren Davaa n’est pas vraiment le premier cinéaste à nous arriver à l’esprit pour remplir ce rôle primordial de défenseur vigoureux d’une pluralité culturelle. Là où un vieux maître comme Manoel De Oliveira s’applique depuis des décennies à explorer depuis un point de vue à forte connotation culturelle différentes époques de l’Histoire, la réalisatrice des Deux chevaux de Gengis Khan était en bonne voie de devenir la chroniqueuse officielle du quotidien monotone des nomades mongols, à travers ses deux premiers films, dont au moins L’Histoire du chameau qui pleure nous a principalement inspiré un ennui profond. Elle a adopté une forme de narration semblable dans cette nouvelle épopée, par ailleurs infiniment plus passionnante, puisque la frontière entre le documentaire et la fiction y est une fois de plus brouillée. La quête de la chanteuse pourrait certes relever de la réalité, mais la façon dont elle est filmée la place indéniablement du côté d’une mise en scène directive, nullement tributaire de scènes prises sur le vif.
L’aspect visuel fait assurément partie des points forts du film, grâce à un jeu d’alternance subtile entre les grands espaces vides de la steppe mongole et des cadrages plus rapprochés, voire remplis à ras bord de cavalcades tonitruantes. Sur cette base esthétique des plus séduisantes se développe au fur et à mesure un récit de voyage fascinant, qui contient à la fois son lot de moments amusants, comme l’envoi artisanal d’un texto ou le rétablissement de la ligne téléphonique, frustrants, puisque personne ne paraît se souvenir des paroles tant convoitées, et en fin de compte touchants, quand l’acharnement des deux femmes au cœur du film, Byambasuren Davaa derrière et Urna Chahar-Tugchi devant la caméra, aura porté ses fruits.
Vu le 9 juin 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO
★★★★★★★☆☆☆
7/10