Thor

Thor
Titre original:Thor
Réalisateur:Kenneth Branagh
Sortie:Cinéma
Durée:115 minutes
Date:27 avril 2011
Note:
Dans la galaxie lointaine du royaume d’Asgard, la cérémonie d’intronisation du jeune et fougueux Thor est interrompue par un petit commando de la tribu des Géants des Glaces, venus récupérer leur source de pouvoir autrefois dérobée par le roi Odin. Puisque l’attaque a pu être repoussée, le vieux souverain préfère en rester là, pour ne pas ranimer les hostilités ancestrales qui opposent son peuple à celui de la planète Jotunheim. Thor est au contraire empressé de se venger et se rend avec ses guerriers fidèles au royaume ennemi. Excédé par tant d’insolence, Odin bannit son fils aîné et lui ôte tous ses pouvoirs. Abandonné sur Terre, Thor ne peut désormais compter pour sa rédemption que sur l’aide de la scientifique Jane Foster. Elle l’assiste également dans la recherche de son marteau légendaire, qui lui confère une force surhumaine.

Critique de Tootpadu

Le choix de Kenneth Branagh pour mettre en scène cette énième adaptation d’une bande dessinée Marvel a de quoi étonner. La seule fois que ce réalisateur – qui se repose toujours sur les lauriers de sa réputation shakespearienne initiale – s’était frotté auparavant au cinéma grand public, au moment de Frankenstein, cela avait coïncidé sans doute pas sans raison avec le déclin irréversible de sa carrière devant et derrière la caméra. En effet, nous le savons maintenant : Kenneth Branagh ne tiendra jamais la promesse de devenir un jour le Laurence Olivier du 21ème siècle, une succession qu’il nous avait paru possible d’imaginer au tout début de son parcours. Les vestiges de ses prouesses tragiques conviennent par contre assez bien au volet épique de Thor, comme si, pour orchestrer les amples mouvements de caméra dans les palais gigantesques d’Asgard, il fallait passer par les batailles de Henry V, tout en ignorant avec une certaine bienveillance la grandiloquence du geste filmique aussi pompeux, mais infiniment plus laid dans La Flûte enchantée.
Ce qui ne veut pas dire que ce film soit complètement exempt de moments moins réussis d’un point de vue esthétique, comme les premières luttes qui sombrent dans les tons gris ou plus généralement les affrontements armés, exécutés sans une bravoure formelle particulière. Néanmoins, la narration sait mettre suffisamment l’aspect légendaire de l’intrigue en avant pour atténuer les reproches les plus virulents d’opportunisme que l’on pourrait formuler à l’égard de ces premières aventures de Thor. Depuis un certain temps, toutes ces histoires des super-héros issus de l’univers Marvel ne tendent en effet que vers leur réunion suprême à venir dans The Avengers, un film tellement attendu par les fans qu’il est prédestiné à décevoir et dont l’influence néfaste se fait déjà sentir, puisque chaque introduction d’un nouveau héros prend désormais les traits d’une mise en bouche générique, avec le véritable choc des titans à déguster ultérieurement.
Thor n’arrive pas à se défaire entièrement de cette impression qu’il donne d’être à peine plus que le bradage superficiel d’un univers qui aurait mérité un traitement moins formaté. L’apparition express de Jeremy Renner et l’incontournable séquence à la fin du générique sont autant d’exemples de l’intérêt commercial des producteurs qui passe devant une vision plus personnelle des choses. Toutefois, Kenneth Branagh s’avère juste assez lucide pour inclure au moins un personnage réellement ténébreux et ambigu dans cette ribambelle de stéréotypes guère plus travaillés que les héros mythiques du Choc des titans de Louis Leterrier. Car Loki, sous les traits de Tom Hiddleston, est le genre de prétendant illégitime au trône face auquel ses adversaires ennuyeusement gentils font forcément pâle figure.

Vu le 21 avril 2011, au Paramount Opéra, Salle 1, en VO

Note de Tootpadu:

Critique de Mulder

A mon père

Dans les années 1980, les adaptations des comics Marvel étaient pour la plupart des médiocrités affligeantes (Punisher, Howard the duck, Captain America, Spiderman). Ce n'est que grâce aux succès échelonnés de la trilogie Spiderman de Sam Raimi et celle de X-men de Bryan Singer que l'éditeur Marvel, désirant avoir un contrôle total sur les personnages issus de son giron de super-héros, bâtit sa propre compagnie de cinéma. Le plus grand projet auquel ce studio devait s'atteler était de rendre vie à la fameuse équipe des Avengers. Pour mieux se préparer, chacun des principaux membres devait avoir son propre film. Iron Man fut le premier et imposa en deux films un Robert Downey Jr en pleine forme, puis vint le tour de L’Incroyable Hulk (oublié le Hulk de Ang Lee, une déception de taille). Thor est donc le dernier film en date de l'un des membres de cette équipe mythique, en attendant Captain America en juillet.

Contrairement aux autres membres des Avengers, Thor n'est pas une création originale, mais l'adaptation à la sauce Marvel d'un personnage de la mythologie germanique, le Dieu du tonnerre. Il ne s'agit donc ni d'un mutant comme Hulk, Captain America, et Hawkeye, ni d'un homme de science, comme Iron Man et Ant-Man. Fils d’Odin, Dieu viking, il puise sa force sans commune mesure de son marteau Mjollnir. Ainsi lorsque son père l'envoie en exode sur terre, il le prive également de celui-ci.

Pour réussir l'adaptation de ce comics, il fallait un réalisateur capable de retranscrire le côté shakespearien de Asgard. Kenneth Branagh s'impose de lui-même et fait de cet opus un excellent film de présentation. Les personnages sont élaborés succinctement concernant les humains (Jane Foster, Erik Selvig, Darcy Lewis) et avec une plus grande précision pour ceux de Asgard (Odin, Loki, Thor). Le réalisateur mise ainsi autant sur l'action que sur la nature des comportements des deux fils d'Odin. Lorsque Thor est rendu humain et exilé sur terre, Loki révèle son véritable caractère de manipulateur né. Le seul attrait de ce frère diabolique est de prendre le pouvoir et imposer sa dictature, tandis que Thor sur Terre réapprend réellement le sens des choses, à défaut de trouver un cheval dans un magasin d'animaux de compagnie. Dans plus de la moitié du film, Thor est un humain et sa quête est de retrouver le contrôle de son fameux marteau, qui lui rendra son pouvoir acquis par naissance.

Le réalisateur prend donc plaisir à voir Thor subir les pires attaques : écrasé à deux reprises par la voiture de Jane, emprisonne dans un hôpital ou dans le camp du Shield. Kenneth Branagh fait de Thor un viking, un homme d'action plus que de réflexion et le plaisir pris à suivre son évolution est entier. Il s'appuie pour ce faire sur un jeune acteur parfait pour le rôle (Chris Hemsworth) et sur l'excellente interprétation de Anthony Hopkins (son rôle nous renvoie a celui de Marlon Brando dans Superman). Il confie surtout à la sublime Natalie Portman le rôle le plus important de l'histoire, celui de Jane Foster qui changera radicalement le caractère de Thor en lui montrant que le monde doit être défendu. Une nouvelle fois, cette actrice transcende le personnage qu'elle interprète et en fait le personnage féminin incontournable de l'univers Marvel, loin devant Mary Jane. Malheureusement, sa présence au sein du casting du film événement Avengers semble être improbable.

Les nombreuses scènes d’action se succèdent aussi bien sur Terre que sur Asgard et le monde des hommes de glace. Elles laissent peu de répit aux spectateurs pour reprendre leur souffle. Kenneth Branagh nous livre ainsi son film le plus réussi depuis Dead again. Son film sied parfaitement à l’univers Marvel réadapté de nos jours. Il réussit à rendre crédible sur grand écran l'un des personnages les plus anciens de l'univers Marvel. Face à la platitude de son personnage principal, il fait de Loki un esprit malveillant digne des grandes tragédies. Ce personnage aura donc un rôle important au sein du projet Avengers comme en témoigne la scène post-générique.

Enfin, il est fortement conseillé d'assister à une projection en Imax 3D, afin de découvrir cette fresque dans des conditions optimales.

Vu le 27 avril 2011, au Gaumont Disney Village, Salle 11, en VF
Revu le 13 mai 2011, au Gaumont Disney Village, Salle 11, en VF

Note de Mulder: