Bon à tirer

Réalisé par Peter Farrelly, Bobby Farrelly (2011)

Comédie
Bon à tirer
Durée 105 minutes
Sortie 27/04/2011
Note 6/10

Rick et Fred s’ennuient à en mourir dans leur existence bien rangée de maris modèles, voire de père de famille pour le premier. La seule récréation dans leur quotidien d’une banlieue pittoresque mais fade consiste pour eux à fantasmer sur toutes les belles femmes qu’ils auraient pu avoir s’ils n’avaient pas juré fidélité à leurs épouses respectives. Ces dernières ont elles aussi marre de voir leurs couples stagner à cause des pulsions libidineuses inassouvies de leurs conjoints. Afin de décoincer la situation, les deux amis obtiennent un bon à tirer de la part de leurs femmes, c’est-à-dire un permis valable pendant une semaine les libérant de toutes les obligations matrimoniales qui leur pesaient tant jusqu’à présent.

Les critiques

Par Mulder 26/04/2011

Les frères Farrelly sont des réalisateurs en marge du système hollywoodien, qui sont toujours ouverts à la moindre provocation, tant que l'effet escompté est de retenir l'attention du spectateur et de lui ancrer une scène culte en mémoire. Déjà dans Mary à tout prix, leur plus gros succès à ce jour, ils avaient réussi à inventer un gel révolutionnaire pour assurer une permanente à Cameron Diaz. Dans Bon à tirer, qui se veut le pendant adulte de American pie, la classe moyenne américaine est l'objet de leur raillerie et fait de ce film une de leur plus grandes réussites depuis longtemps.

La force de ce film ne repose en rien sur la présence du comédien incontournable du moment. Owen Wilson s'est souvent contenté d'être soit le « sidekick » du rôle principal, soit un acteur de second rôle. Il trouve donc ici un rôle qui témoigne réellement de son talent d'acteur comique de premier ordre. De même, Jason Sudeikis est un acteur comique uniquement connu aux Etats-Unis et ce pour ses prestations hebdomadaire dans l'émission satirique « Saturday Night Live ». Certes, les deux comédiens forment ici un excellent duo comique digne des comédies américaines de la grande époque des année 1980, mais la force du film tient surtout à un brillant scénario, concocté par les deux frères réalisateurs.

Ce scénario, traitant d'une semaine de liberté totale accordée par leurs femmes à ces deux adultes, est tel l'histoire d'un Peter Pan ayant retrouvé sous acide son âme d' adolescent. L'homme est de nouveau montré comme un être lubrique qui ne connaît aucune limite pour satisfaire son désir. Le moment d'apothéose du film survient lors de la scène de la salle de bains, vouée à devenir culte. De rebondissement en rebondissement, les gags plus ou moins réussis se succèdent avec entrain. Dommage seulement que le film ne soit pas aussi méchant et n'aille pas jusqu'au bout de ses idées. Sûrement cela est dû au fait que les frères Farrelly ont voulu drainer le plus grand public possible et qu’ils visent donc à choquer le moins de monde.

Reste que découvrir sur nos grand écrans une comédie intelligente est un plaisir qu’on ne boude pas.

Vu le 14 avril 2011, au Paramount Opéra, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Par Tootpadu 21/04/2011

Ces sacrés frères Farrelly, qui prétendent depuis des lustres à vouloir démonter la morale puritaine des Américains par le biais d’un humour à la vulgarité inégalée, alors que leurs films célèbrent invariablement l’institution du mariage et le statu quo de relations sentimentales on ne peut plus banales ! Leur nouvelle comédie ne fait pas exception à la règle et s’inscrit par conséquent dans une œuvre faussement subversive, qui n’est en même temps jamais tout à fait dupe de la vache sacrée à laquelle elle s’attaque en apparence. De film en film, Peter et Bobby Farrelly prennent en quelque sorte à bras le corps le rôle de chroniqueurs avisés d’une civilisation dopée aux fantasmes les moins avouables, qui ne peut pourtant concevoir autre chose que le conformisme le plus lénifiant comme unique code de conduite dans la vie réelle.
De ce point de vue-là, les deux personnages principaux de Bon à tirer sont des héros par excellence de l’univers des frères Farrelly, puisqu’ils doivent démontrer à leurs copains, à leurs femmes, et avant tout à eux-mêmes, qu’ils n’ont pas que de la gueule, mais qu’ils sont capables de mettre leurs rêveries érotiques en pratique, comme les étalons sans inhibition qu’ils pensaient être dans leur jeunesse. Bien entendu, cette virée inespérée vers le libertinage se solde par une série de déconvenues plus ou moins hilarantes, justement parce que Rick et Fred n’ont jamais été des tombeurs de filles irrésistibles. En fin de compte, le confort et la sécurité de leur couple doivent leur paraître infiniment plus désirables que la faune sauvage hors du foyer familial, peuplée de prédateurs du sexe en tous genres, de fous, et – comble de l’incivilité – de filles qui ne savent pas retenir leurs excréments en éternuant.
L’humour des frères Farrelly n’est pas connu pour voler très haut. Sans surprise, les dispositifs pour faire rire ici ne sont point sophistiqués, quoique étonnamment diversifiés. Il se trouve donc quelque chose à apprécier pour à peu près tout le monde dans cette comédie vulgaire, mais pas pour autant déplaisante : des bites, des nichons, de la beu, et surtout ce regard modérément satirique sur la société américaine, qui est bien trop récurrent chez les frères Farrelly pour ne pas y voir leur façon gentillette à eux de critiquer une civilisation, dont ils cimentent malgré tout les fondations.

Vu le 14 avril 2011, au Paramount Opéra, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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