Cyclone à la Jamaïque
Réalisé par Alexander Mackendrick (2011)
| Durée | 103 minutes |
| Sortie | 06/04/2011 |
| Note | 7/10 |
Après qu’un cyclone violent a détruit leur maison, un couple de planteurs anglais installés à la Jamaïque décide de renvoyer leurs cinq enfants seuls en Europe, pour leur permettre d’y recevoir une éducation civilisée. Leur bateau ne tarde pas à être attaqué par des pirates, menés par le capitaine Chavez. Une fois la cargaison pillée, ils reprennent leur route, sans se rendre compte que les enfants ont été enfermés par accident dans la cale. La présence de ces témoins gênants suscite une certaine méfiance parmi l’équipage, alors que le capitaine cultive des sentiments vaguement paternels à leur égard.
La critique
Par Tootpadu 17/03/2011
Emily et ses deux frères et deux sœurs découvrent très vite la dure réalité de leur existence de colons dans une civilisation étrange, dont les superstitions les font certes rire au début, mais qui fonctionne selon la loi impitoyable du plus fort. Il n’y a plus vraiment matière à rigoler dans Cyclone à la Jamaïque, dès que la série fatidique de morts plus ou moins accidentelles est déclenchée par la tempête. Le pouvoir d’abstraction, voire de détachement mental, permet toutefois aux enfants de préserver un peu de leur insouciance, qui prend progressivement l’allure d’un instinct de survie guère plus noble que les bassesses de leurs ravisseurs. Alors que les personnages adultes sont au mieux des bigots névrosés et au pire des assassins et des violeurs potentiels, la génération suivante a déjà assez goûté au fruit de la perversion pour ne plus voir le monde tout en rose. L’innocence vit en effet ses derniers jours, pendant ce qui aurait dû initialement être un retour vers le terrain sûr de la civilisation, et qui devient au contraire un cour d’initiation déplaisant en fourberie et autres méfaits infiniment plus graves.
La mise en scène magnifique de Alexander Mackendrick orchestre cette odyssée vers l’âge adulte avec une précision imposante. Elle ne nous épargne aucun détail de la lente descente aux enfers de ce groupe d’enfants, qui finit par ne plus considérer le bateau des pirates comme une immense aire de jeu. Son constat pessimiste sur le dépucelage moral des adolescents et l’ignorance fragile des plus jeunes est prolongé au niveau des adultes, qui se sont en quelque sorte résignés en leur malheur inévitable. Le binôme savoureux campé par Anthony Quinn et James Coburn – le premier guidé par son cœur rempli à la fois de sentiments paternels et de pulsions pédophiles et le deuxième apparemment trop malicieux et intelligent pour se faire avoir par le cours pas toujours favorable des choses – est en effet symptomatique du point de vue éclairé de la narration, qui ne se fait pas d’illusions sur la nature humaine et son incapacité de poursuivre une forme quelconque de salut et de sérénité.
Sous son air trompeur d’une aventure ample et joyeuse sous les tropiques, c’est donc un petit joyau de noirceur, injustement méconnu, qui ressort ce printemps dans une copie en toute beauté.
Vu le 17 mars 2011, au Quartier Latin, Salle 1, en VO