Ha ha ha

Réalisé par Hong Sang-soo (2011)

Comédie Dramatique
Ha ha ha
Durée 116 minutes
Sortie 16/03/2011
Note 6/10

Avant de s’exiler au Canada, le réalisateur Jo Mung-kyung retrouve autour d’un verre son ami de longue date, le critique Bang Jung-shik. Au fil de la discussion, les deux hommes découvrent qu’ils ont passé l’été passé dans la même ville au bord de la mer : le premier pour rendre une dernière visite à sa mère avant son départ, le deuxième pour encourager un ami poète fauché et afin de passer quelques jours avec sa maîtresse. Leurs récits de voyage évoluent en parallèle alors qu’ils ont croisé les mêmes personnes sans le savoir.

La critique

Par Tootpadu 15/03/2011

Hong Sang-soo appartient à ce groupe exclusif de réalisateurs, dont les préoccupations thématiques n’évoluent guère au fil de l’œuvre et dont la filmographie vue dans son ensemble représente par conséquent un intérêt presque plus grand que chaque film pris séparément. Comme Eric Rohmer ou Woody Allen, par exemple, le metteur en scène coréen fait reposer ses films sur un maniement sophistiqué de la parole, au détriment de l’action à l’état pur, ainsi que sur une conception clairement définie des rapports entre ses personnages masculins et féminins. En effet, dans un film de Hong Sang-soo, on parle toujours beaucoup et l’intrigue y esquisse au mieux un mouvement circulaire, au lieu de suivre une trame à la finalité établie d’avance. De ce détachement des impératifs bassement dramatiques naît cependant un style filmique dont la finesse et le ton enjoué n’ont pas fini de nous séduire.
Ha Ha Ha est un film tout à fait typique de ce point de vue-là, puisqu’il s’attache avant tout à sonder la double déambulation estivale des deux personnages principaux. Le dispositif du récit cadre, conjugué à travers des photos en noir et blanc et une voix off en guise de narrateur, lorgne certes vers les expériences formelles pas toujours concluantes de la Nouvelle vague. Mais le corps de l’intrigue s’inscrit parfaitement dans la lignée des films précédents du réalisateur, dont les plus récents comportaient déjà des personnages artistes désœuvrés, confrontés à des femmes insaisissables.
Le comportement indécis des hommes dans ce film fait écho à la démarche guère plus assurée des protagonistes dans Night and day et Les Femmes de mes amis. L’homme selon Hong Sang-soo est un être torturé et névrosé, qui serait sans la moindre difficulté à la botte des femmes, si seulement celles-ci étaient plus sures de ce qu’elles font. Les quiproquos et autres méprises qui pimentent le scénario de ce film astucieux exacerbent en effet encore le tableau d’une société coréenne largement incapable d’aller de l’avant, à cause des doutes et des états d’âme flegmatiques qui caractérisent la plupart des personnages.

Vu le 8 mars 2011, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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