Tomboy
Réalisé par Céline Sciamma (2011)
Drame
| Durée | 82 minutes |
| Sortie | 20/04/2011 |
| Note | 6/10 |
A quelques semaines de la rentrée, Laure s’installe avec sa petite sœur et ses parents dans un nouveau quartier. Pour donner enfin vie à ses pulsions de garçon manqué, elle se fait passer pour Michaël auprès des autres enfants, dont Lisa qui devient son amie. Toutes les ruses que Laure emploie pour garder son secret ne pourront toutefois reculer l’échéance du retour inévitable en classe.
La critique
Par Tootpadu 09/03/2011
L’identification intime en tant qu’homme ou femme, hétérosexuel ou homo, passe au moins autant par des actes, que par le ressenti personnel qui n’a pas toujours besoin de signes extérieurs pour s’affirmer. Le deuxième film de la réalisatrice Céline Sciamma – une sorte de prologue déjà grave et perturbant à Boys don’t cry de Kimberly Peirce – excelle ainsi autant dans l’observation du malaise existentiel de son personnage principal que dans la description attachante de ses subterfuges pour faire perdurer la supercherie. Laure a beau n’avoir que dix ans, elle porte déjà en elle tous les traits de caractère qui la condamneront en toute probabilité à une quête douloureuse de qui elle est réellement et de ce qu’elle attend de la vie en termes sentimentaux et affectifs. Au bout de ce cheminement pendant l’adolescence qui pointe tout doucement son nez ici, pourrait bien se trouver une vie en marge de la société ou en tout cas à l’écart des styles de vie et des modèles de couple, transmis par les générations passées.
Tomboy est avant tout un film beau et touchant sur l’exclusion ou plus précisément sur la peur de ne pas être accepté. Laure prétend d’emblée être un garçon, parce qu’elle se doute bien que ses nouveaux amis potentiels ne l’accueilleraient pas les bras ouverts, si elle continuait avec la même ambiguïté des genres qui ne choque plus personne à la maison. Tandis que ses parents tolèrent ce qu’ils peuvent raisonnablement considérer comme des caprices de gamine, sa petite sœur, précocement sage, sait tirer profit du dilemme de son aînée. Ce petit arrangement fonctionne, tant que le faire-semblant ne se heurte à la dure réalité du monde des adultes. Les autres enfants ne sont peut-être pas tout à fait dupes des cachotteries de leur nouveau copain, mais leur cruauté ne s’abat sur lui qu’après le rappel à l’ordre réactionnaire, déclenché par la mère pragmatique de Laure. L’existence de Michaël ne s’achève alors pas sur une note aussi sombre que celle de Brandon Teena. Le moment où la vérité physique est prouvée se démarque cependant par une brutalité au moins aussi humiliante, et sans doute encore plus traumatisante pour une fille en voie de devenir une femme aux traits et préférences masculins.
Grâce à l’immense délicatesse de la narration de Céline Sciamma, le destin de Laure n’est jamais dégradé au niveau d’une tragédie de bête de foire. La vision différente des choses de la part de cette fille qui aurait préféré être un garçon s’inscrit sans la moindre condescendance dans le cadre d’un drame d’enfance poignant, qui en dit aussi long sur le refus légitime de rentrer dans des cases établies par la société que sur la capacité humaine de voir au delà des apparences et des conventions sociales.
Tomboy est avant tout un film beau et touchant sur l’exclusion ou plus précisément sur la peur de ne pas être accepté. Laure prétend d’emblée être un garçon, parce qu’elle se doute bien que ses nouveaux amis potentiels ne l’accueilleraient pas les bras ouverts, si elle continuait avec la même ambiguïté des genres qui ne choque plus personne à la maison. Tandis que ses parents tolèrent ce qu’ils peuvent raisonnablement considérer comme des caprices de gamine, sa petite sœur, précocement sage, sait tirer profit du dilemme de son aînée. Ce petit arrangement fonctionne, tant que le faire-semblant ne se heurte à la dure réalité du monde des adultes. Les autres enfants ne sont peut-être pas tout à fait dupes des cachotteries de leur nouveau copain, mais leur cruauté ne s’abat sur lui qu’après le rappel à l’ordre réactionnaire, déclenché par la mère pragmatique de Laure. L’existence de Michaël ne s’achève alors pas sur une note aussi sombre que celle de Brandon Teena. Le moment où la vérité physique est prouvée se démarque cependant par une brutalité au moins aussi humiliante, et sans doute encore plus traumatisante pour une fille en voie de devenir une femme aux traits et préférences masculins.
Grâce à l’immense délicatesse de la narration de Céline Sciamma, le destin de Laure n’est jamais dégradé au niveau d’une tragédie de bête de foire. La vision différente des choses de la part de cette fille qui aurait préféré être un garçon s’inscrit sans la moindre condescendance dans le cadre d’un drame d’enfance poignant, qui en dit aussi long sur le refus légitime de rentrer dans des cases établies par la société que sur la capacité humaine de voir au delà des apparences et des conventions sociales.
Vu le 28 février 2011, au Club Marbeuf
★★★★★★☆☆☆☆
6/10