
| Titre original: | The Death of Robin Hood |
| Réalisateur: | Michael Sarnoski |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 122 minutes |
| Date: | 01 juillet 2026 |
| Note: |
Au fil des décennies, Robin des Bois a fait l’objet d’innombrables adaptations cinématographiques, allant du charme flamboyant d’Errol Flynn à la mélancolie romantique de Sean Connery, en passant par les exploits héroïques de Kevin Costner et même le renard animé adoré par des générations de cinéphiles. Pourtant, Michael Sarnoski propose quelque chose de tout à fait différent avec On l'appelait Robin des Bois un film qui dépouille la légende de ses siècles d’histoire pour la remplacer par quelque chose de bien plus troublant, intime et étonnamment émouvant. Plutôt que de célébrer le célèbre hors-la-loi, le film l’examine. Il s’interroge sur ce qui reste lorsque les histoires s’estompent, lorsque les chansons ne sont plus chantées et lorsqu’un homme est finalement contraint d’affronter la vérité qui se cache derrière son propre mythe. Il en résulte l’une des réinterprétations les plus audacieuses de la légende de Robin des Bois jamais portées à l’écran, un film qui semble moins s’intéresser à l’aventure qu’à la mortalité, au regret et au fardeau insurmontable de vivre avec les conséquences de la violence.
Dès ses premières minutes, le film propose une vision radicalement différente de son protagoniste emblématique. Hugh Jackman incarne Robin non pas comme un rebelle héroïque, mais comme un hors-la-loi épuisé et brisé, hanté par des décennies de carnage. Ce Robin rejette ouvertement les légendes qui se sont tissées autour de son nom, affirmant qu’il n’a jamais été un noble défenseur des pauvres, mais plutôt un tueur impitoyable qui a laissé derrière lui une traînée sans fin de chagrin et de vengeance. C’est un pari créatif fascinant, qui évoque immédiatement des westerns révisionnistes tels que Unforgiven plutôt que des aventures médiévales traditionnelles. Le premier acte est d’une brutalité choquante, présentant la violence non pas comme un spectacle, mais comme quelque chose de laid, d’épuisant et de cyclique. Chaque mort apparaît comme un maillon supplémentaire d’une chaîne qui s’étend à travers les générations. Michael Sarnoski refuse de romancer le combat, et l’effet est souvent dérangeant. Pourtant, sous le sang et la boue se cache un objectif plus profond : démontrer à quel point il devient impossible d’échapper à une vie fondée sur la violence une fois que les conséquences commencent à se faire sentir de toutes parts.
C’est dans la transition qui suit que le film trouve véritablement son identité. Après avoir subi des blessures dévastatrices, Robin trouve refuge dans un prieuré isolé dirigé par sœur Brigid, incarnée avec une subtilité extraordinaire par Jodie Comer. Ici, le récit ralentit considérablement, troquant les combats à l’épée contre la contemplation. Le prieuré semble presque détaché de la réalité, suspendu quelque part entre sanctuaire, purgatoire et jugement dernier. Baigné de lumière naturelle et entouré de paysages à couper le souffle, cet environnement offre un contraste parfait avec les ténèbres que Robin a portées tout au long de sa vie. Plutôt que de proposer une rédemption facile, Michael Sarnoski explore la notion bien plus complexe de la responsabilité. Un homme responsable de souffrances inimaginables peut-il jamais véritablement changer ? Le pardon peut-il exister si le pardon de soi-même reste impossible ? Ces questions planent sur chaque interaction et confèrent au film une profondeur émotionnelle qui l’élève bien au-delà d’un simple exercice de genre.
Une grande partie du succès du film repose sur Hugh Jackman, qui livre l’une des meilleures performances de sa carrière. Les comparaisons avec Logan sont inévitables, mais ce rôle lui permet d’explorer des territoires encore plus sombres. Il ne reste que très peu d’héroïsme dans ce Robin des Bois. Ce qui rend cette interprétation remarquable, c’est la façon dont Hugh Jackman trouve l’équilibre entre brutalité et vulnérabilité. Robin reste effroyablement capable de violence, mais sous cette carapace endurcie se cache un homme épuisé par sa propre existence. Chaque regard, chaque hésitation, chaque moment de silence suggère des années de culpabilité accumulée et de décomposition émotionnelle. C’est une interprétation qui ne repose pas sur de grands discours, mais sur la retenue, et qui devient de plus en plus déchirante au fur et à mesure que le film avance. Dans le dernier acte, Hugh Jackman transforme Robin en une figure tragique dont le plus grand combat n’est plus contre ses ennemis, mais contre lui-même.
Tout aussi impressionnante, Jodie Comer incarne Sœur Brigid, qui s’impose comme le centre moral de l’histoire. À bien des égards, elle devient la véritable héroïne du film. Alors que Robin incarne la destruction, Brigid représente la compassion, la patience et la possibilité de guérison. Leur relation évite les sentiers battus de la romance et évolue vers quelque chose de plus riche et de plus significatif. Jodie Comer apporte chaleur et intelligence discrète à chaque scène, créant un personnage dont la force ne provient pas de la puissance physique, mais d’une empathie inébranlable. Les seconds rôles sont également excellents. Bill Skarsgård livre une interprétation mémorable de Little John, insufflant au personnage une nature instable et un humour tragique, tandis que Murray Bartlett disparaît presque sous des couches de bandages pour créer l’un des personnages les plus émouvants du film. Son lépreux fait office à la fois de philosophe et de guide, offrant certaines des réflexions les plus profondes du film sur la souffrance, le pardon et l’acceptation. De leur côté, les jeunes acteurs Faith Delaney et Noah Jupe apportent des contrepoints émotionnels qui obligent Robin à faire face à l’héritage qu’il laissera derrière lui.
Sur le plan visuel, On l'appelait Robin des Bois est époustouflant. Le directeur de la photographie Pat Scola crée des images aux allures presque picturales, capturant à la fois la brutalité et la beauté du monde médiéval avec une précision remarquable. Les premières séquences sont dominées par des gris froids, des champs de bataille boueux et des ombres oppressantes, créant une atmosphère qui s’apparente davantage à un cauchemar qu’à une aventure historique. Plus tard, alors que Robin entame sa lente transformation, l’imagerie s’adoucit. La lumière du soleil perce les nuages, les paysages s’ouvrent, et le film adopte peu à peu un langage visuel empreint d’espoir sans jamais renoncer à sa mélancolie. Les changements de format d’image renforcent subtilement cette évolution, permettant au public de ressentir le changement de perspective de Robin autant que d’en être témoin. Accompagné de la bande originale envoûtante de Jim Ghedi, le film atteint une dimension onirique qui persiste longtemps après le générique de fin.
Ce qui nous a toutefois le plus impressionné, c’est la volonté du film de remettre en question la raison d’être même de la création de mythes. La plupart des adaptations de Robin des Bois nous invitent à célébrer la légende. Michael Sarnoski se demande si la légende elle-même ne serait pas dangereuse. Tout au long du film, les personnages peinent à concilier les récits et la réalité, l’héroïsme et la vérité, ainsi que la réputation et la responsabilité. Le plus lourd fardeau de Robin n’est pas la violence qu’il a commise, mais le fait que des générations aient transformé ces actes en quelque chose de noble. Le film devient une réflexion sur la manière dont les sociétés créent des héros, sur la façon dont les récits survivent bien après que les faits se sont estompés, et sur la manière dont ces récits peuvent à la fois inspirer et tromper. C’est un sujet ambitieux, et bien que le rythme délibérément lent puisse frustrer les spectateurs qui s’attendent à un film d’action traditionnel, j’ai trouvé cette approche introspective rafraîchissante. Ce n’est pas un film qui cherche à faire frissonner le public avec des concours de tir à l’arc ou des braquages audacieux. Il s’attache plutôt à examiner le coût humain caché derrière la légende.
On l'appelait Robin des Bois est un film profondément émouvant qui réussit parce qu’il ose défier les attentes du public. Il transforme l’un des héros les plus connus de la culture populaire en un anti-héros tragique en quête de sens au bord de la mort. Le film risque parfois de devenir trop sombre pour son propre bien, et certains spectateurs pourraient trouver son rythme mesuré difficile à suivre, mais son honnêteté émotionnelle, ses performances remarquables et son exploration réfléchie de la rédemption en font une expérience enrichissante. Michael Sarnoski a réalisé un film mûr, intelligent et d’une beauté surprenante, qui se hisse au rang des meilleures déconstructions modernes de figures légendaires. Ce n’est peut-être pas le Robin des Bois auquel le public s’attend, mais c’est sans doute la version la plus fascinante de ce personnage depuis des décennies.
On l'appelait Robin des Bois (The Death of Robin Hood)
Écrit et réalisé par Michael Sarnoski
D'après La Mort de Robin des Bois (auteur anonyme)
Produit par Aaron Ryder, Andrew Swett, Alexander Black et Hugh Jackman
Avec Hugh Jackman, Jodie Comer, Bill Skarsgård, Murray Bartlett et Noah Jupe
Directeur de la Photographie : Pat Scola
Montage : Andrew Mondshein
Musique : Jim Ghedi
Sociétés de production : Lyrical Media, RPC
Distribué par A24
Date de sortie : 19 juin 2026 (États-Unis), 1er juillet 2026 (France)
Durée : 122 minutes
Vu le 16 juin 2026 à la Salle Metropolitan FilmExport
Note de Mulder: