Morgen

Réalisé par Marian Crisan (2011)

Drame
Morgen
Durée 103 minutes
Sortie 02/02/2011
Note 6/10

Nelu mène une existence plus que tranquille à Salonta, une petite ville roumaine près de la Hongrie. Quand il ne travaille pas comme vigile au supermarché local, il pêche dans les rivières des deux côtés de la frontière. Lors d’une de ces parties de pêche, il tombe sur Behran, un immigré clandestin turc, qui veut rejoindre l’Allemagne. Nelu héberge secrètement le réfugié, en attendant de lui faire passer discrètement la frontière.

La critique

Par Tootpadu 22/01/2011

Derrière chaque unité des statistiques qui font état des dizaines, voire des centaines de milliers d’immigrés qui tentent d’entrer dans l’espace de la communauté européenne chaque année, il se cache un destin individuel. Celui évoqué dans ce premier film roumain n’a strictement rien d’exceptionnel, puisque et le réfugié, et l’autochtone qui l’accueille presque malgré lui sont des personnages d’une banalité absolue. Ils sont certes dépourvus des traits physiques ou d’un caractère dont des réalisateurs plus manipulateurs que Marian Crisan se serviraient sans hésiter une seconde pour séduire le spectateur, a priori peu disposé à suivre l’histoire anodine de deux hommes qui ne le sont pas moins. Mais ils arrivent néanmoins à nous charmer, grâce au pragmatisme désabusé avec lequel ils cherchent à s’accommoder de la situation gênante dans laquelle leur rencontre les a mis.
L’immigré turc n’est pas plus un jeune travailleur idéaliste et ambitieux, que Nelu n’est un héros au quotidien qui prendrait à bras le corps la cause des victimes d’un ordre social injuste. Ce sont au contraire des hommes d’un certain âge, revenus de toutes les illusions qu’ils ont pu cultiver pendant leur jeunesse. Le scénario ne nous fournit pas assez d’informations sur Behran, afin de nous permettre de connaître exactement ses motivations pour se mettre en route vers l’Allemagne pour y rejoindre sa famille. Le protagoniste roumain est pour sa part un bon bougre passablement ronchon, qui contourne chaque conflit avec un flegme qui n’est probablement pas le signe d’un courage bien caché. En même temps, l’action vaguement humanitaire de Nelu pour assister son invité inopportun dans son odyssée à travers l’Europe prendrait sans doute une tournure plus dramatique, si elle rencontrait autre chose qu’une indifférence quelque peu agacée de la part des autorités et de son entourage.
L’immigration clandestine, tel qu’elle est décrite dans Morgen, est plus une nuisance qu’un fléau contre lequel cela vaut la peine de s’offusquer sérieusement. Personne n’en veut de ces hommes à l’apparence malpropre et incapables de se faire comprendre autrement qu’avec les pieds et les mains. Même Nelu ne recueille son visiteur qu’à contrecœur et en insistant qu’il faudra lever le camp le lendemain. Bien qu’une sorte de complicité s’installe entre les deux personnages, cette amitié de fortune n’est pas faite pour durer, puisque Nelu cherche plusieurs fois à se débarrasser de l’immigré d’une manière pas trop compromettante d’un point de vue moral. C’est surtout de ce dilemme humain que parle ce film agréablement sobre, qui montre simultanément que la précarité des personnes nées en dehors de nos frontières nous concerne tous et que nous sommes en fin de compte impuissants, lorsqu’il s’agit d’inverser la tendance de ce flux interminable ou de faire une différence réelle au cours du long périple de ces nomades de notre temps.

Vu le 14 janvier 2011, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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