Sale temps pour les pêcheurs
Réalisé par Alvaro Brechner (2011)
| Durée | 106 minutes |
| Sortie | 02/03/2011 |
| Note | 6/10 |
Le promoteur Prince Orsini fait la tournée des villages uruguayens avec l’ex-champion de lutte est-allemand Jacob Van Oppen. En attendant que l’honneur de son poulain en perte de vitesse soit rétabli par la fédération sportive, Orsini organise des spectacles plus ou moins truqués qui mettent en avant la force exceptionnelle de Van Oppen. Au début, tout se passe comme prévu dans la petite bourgade de Santa Maria, où les deux hommes ont élu domicile pour une semaine. L’arrestation de l’adversaire initial, déjà amplement payé pour se laisser battre, et l’apparition d’Adriana, qui veut à tout prix que son fiancé remporte les mille dollars promis à quiconque saura résister plus de trois minutes à la force brute du champion, mettront toutefois en péril l’escroquerie si soigneusement préparée par Orsini.
La critique
Par Tootpadu 08/01/2011
Car le premier film du réalisateur Alvaro Brechner réussit surtout à rendre attachants les agissements douteux d’une galerie de personnages sans scrupules. Personne n’est en effet sans reproche au sein d’une intrigue, qui avance sans broncher, mais avec la noblesse d’un gladiateur condamné à mourir, vers son dénouement inéluctable. Le plus fourbe d’entre eux est bien sûr le promoteur, un beau parleur assez adroit pour se tirer avec une pirouette des situations embarrassantes, quoique pas suffisamment doué en affaires pour tirer un profit notable de sa supercherie. Il est entouré de personnages plus ou moins timbrés, qui cherchent tous à tirer leur épingle du jeu avec la force du désespoir. Que ce soit le rédacteur en chef du journal local, nullement dupe des manigances d’Orsini mais assez blasé pour le suivre dans sa bulle médiatique d’emblée prête à éclater, ou la jeune femme qui espère légitimer sa liaison avec la brute du village grâce à l’argent qu’il remporterait en cas de victoire, ou bien l’ancien champion, dont l’esprit faiblit à une vitesse encore plus grande que son corps de mastodonte : ils se prennent tous, parfois sciemment, dans la toile d’araignée que le promoteur véreux a l’habitude de tisser, moins par mesquinerie que par besoin d’exister et d’être quelqu’un.
Effectivement, ce film au ton joliment enjoué n’a pas grand-chose en commun avec The Wrestler de Darren Aronofsky. Le côté tragique du dernier combat d’un ancien champion est sensiblement atténué ici par une logique narrative, plus inspirée par le western et son cheminement implacable vers le duel final, que par la volonté d’orchestrer un chant de cygne grandiose. Cette modestie formelle sied tout à fait à ce film, qui arrive contre toute attente à rendre profondément sympathiques ses personnages a priori méprisables, voire risibles.
Vu le 5 janvier 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO