Un été suédois

Réalisé par Fredrik Edfeldt (2011)

Drame d'enfance
Un été suédois
Durée 100 minutes
Sortie 26/01/2011
Note 6/10

Parce qu’elle est trop jeune pour accompagner ses parents lors d’une mission humanitaire en Afrique, une fillette doit passer l’été seule chez elle. Blasée des cours de natation et de la surveillance approximative de sa tante qui est venue s’installer avec elle, elle se débarrasse de cette dernière en l’envoyant faire de la voile avec son copain. Désormais seule à la maison, la fille vit pleinement cette liberté nouvellement acquise.

La critique

Par Tootpadu 07/01/2011

Le passage de l’enfance à l’adolescence est peut-être le moment charnier le plus difficile à négocier dans l’existence humaine. Alors que l’étape suivante, vers l’âge adulte, se fait presque automatiquement par le biais de l’obtention de la majorité, la perte irrémédiable de l’innocence enfantine pour entrer de plein pied dans la période ingrate de l’adolescence, avec ses crises de nerfs, sa quête d’une identité personnelle, et ses poussées d’hormones en vue d’une vie sexuelle active, s’opère souvent dans la douleur et la réticence. Ce premier film suédois enregistre sans fioritures les derniers jours d’enfance d’une fille comme les autres. La valeur universelle de son destin est encore accentuée par le fait que nous ne connaissons pas son nom. Elle devient par conséquent le point d’accès subjectif à une histoire d’une grande banalité.
La frustration du personnage principal de ne pas pouvoir participer à l’aventure africaine de sa famille devient en effet tout à fait compréhensible, dès qu’on voit quelle oisiveté estivale l’attend à la maison. Entre des cours collectifs de natation donnés par une prof effrayante, une tante qui confond ses obligations de nounou avec celles d’une hôtesse de beuverie, et des copines plus âgées qui ont déjà franchi le pas de l’adolescence, la fille préfère la compagnie de celui dont la pudeur et la timidité reflètent sa propre gêne de se mettre en avant. Tandis que ses jeux avec Ola constituent le dernier vestige de l’insouciance enfantine, condamnée à disparaître suite à un accident bénin qui relève la lourde question de la culpabilité et de la responsabilité, ses rapports avec Gunnar, un ami de la famille, sont empreints d’un potentiel de perversité incomparablement plus inquiétant. Pour l’instant, l’homme marié n’attend de la fillette qu’elle fasse son numéro de chant et de danse chaque fois qu’elle le voit. Mais cette routine risque de prendre une tournure plus lascive, une fois que Gunnar s’intéressera davantage aux formes féminines naissantes de la fille, qui le laissent apparemment encore de marbre lorsqu’il la découvre dans la baignoire. En même temps, la fille saura sans aucun doute tirer son épingle du jeu, vu comment elle tourne la situation à son avantage après l’accident de la route de Gunnar.
Contrairement à la mollesse de ton de Demi-tarif de Isild Le Besco, un autre conte sur des enfants livrés à eux-mêmes, la mise en scène de Fredrik Edfeldt sait parfaitement maintenir l’équilibre narratif entre la volonté de liberté de la fille et la vacuité de son emploi du temps quand elle l’a acquise. A travers les grands yeux de biche de la jeune Blanca Engström, le réalisateur arrive à nous indiquer toute l’appréhension que le fait de grandir peut susciter chez des enfants pré-pubères.

Vu le 4 janvier 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques