Sound of noise

Réalisé par Johannes Stjärne Nilsson, Ola Simonsson (2010)

Comédie musicale
Sound of noise
Durée 102 minutes
Sortie 29/12/2010
Note 6/10

L’inspecteur Amadeus Warnebring est le seul membre de sa famille allergique à la musique. Cette aversion est d’autant plus préjudiciable que ses parents sont de brillants musiciens et que son frère cadet Oscar est un célèbre chef d’orchestre. Quand un groupe de six batteurs lance une série d’attaques musicales contre la ville, Warnebring paraît d’abord l’homme de la situation. Mais ces concerts sauvages, joués sur des patients à l’hôpital ou des guichets de banque, ont pour effet secondaire d’exacerber l’aspiration au silence de la part du spécialiste de l’anti-terrorisme. Curieusement, la musicienne activiste Sanna Persson et ses cinq complices disposent des moyens pour exaucer son vœu le plus cher.

La critique

Par Tootpadu 01/12/2010

Un peu de silence ferait sans doute du bien à notre société constamment stressée et hyperactive. Alors que des sons parasites nous assaillent de tous les côtés, il devient de plus en plus difficile de se couper complètement de toute intrusion auditive, ne serait-ce par peur de rater une information soi-disant primordiale. De nos jours, le pouls d’une ville est son niveau d’émission de bruits. Dans le même ordre d’idées, une métropole qui ne sombre pas, surtout le soir, dans une cacophonie généralisée, n’est désormais plus considérée comme étant à la pointe de la mode et du savoir vivre, susceptibles d’attirer les créatures de la nuit venues de partout. Résister à l’amalgame des klaxons, des claquements, des cris, des conversations, des sonneries et autres alarmes, devient alors un acte civique encore trop peu pratiqué. Le personnage de Tim Robbins dans l’amusant Noise de Henry Bean s’y était essayé avec un succès mitigé. Voici la riposte suédoise, guère moins divertissante, mais empreinte d’un ton subversif qui finirait presque par basculer dans la résignation.
La démarche de Sanna et ses percussionnistes relève en quelque sorte de l’art conceptuel, qui a abandonné depuis près d’un siècle les matières traditionnelles de la création, pour s’atteler gaiement au détournement des objets du quotidien. Le premier représentant de ce mouvement révolutionnaire est probablement Fontaine de Marcel Duchamp, qui avait déclenché une série interminable d’œuvres, dont la banalité affichée était censé les élever au rang de créations artistiques singulières. La bande des musiciens contestataires de Sound of noise suit le même mode opératoire, en interprétant des morceaux expérimentaux dans des circonstances, qui ne requièrent parfois même pas de public. La beauté de leur geste se situe justement dans l’absence de cette volonté maladive de vouloir plaire ou être reconnu à tout prix, qui est hélas le moteur de beaucoup trop d’entreprises artistiques tournant court. Leur programme contre-culturel relève du défi de contourner la loi au nom de l’art, voire de la rendre caduque par la virtuosité de l’interprétation et de la reconquête de l’espace sonore. Ainsi, le fait que la pièce maîtresse du premier concert iconoclaste a failli laisser sa vie dans l’exercice n’est considéré par les musiciens puristes que comme un contre-temps regrettable. Il ne met par contre nullement en question leur projet un peu fou : ce bras d’honneur magnifiquement gratuit, et même vain, adressé à la dictature du son sans vocation musicale.
Tandis que la lucidité de la conclusion partiellement défaitiste est tout à l’honneur des réalisateurs Johannes Stjärne Nilsson et Ola Simonsson, le dispositif narratif du flic qui enquête sur les trublions de l’ouïe nous a paru déjà plus dispensable. Surtout son aspect fantastique établit un lien artificiel entre Warnebring et les assassins des tympans qui aurait éventuellement pu être amené autrement. Quitte à rendre leur pire ennemi solidaire de leur cause, les anarchistes du son n’avaient pas forcément besoin d’une telle béquille scénaristique pour mener à bien leur entreprise visionnaire.

Vu le 30 novembre 2010, à la Salle Pathé François 1er, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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