American (The)

Réalisé par Anton Corbijn (2010)

Thriller
American (The)
Durée 105 minutes
Sortie 27/10/2010
Note 7/10

Après avoir échappé de justesse à une tentative d’assassinat en Suède, le tueur à gages Jack se réfugie en Italie. Son commanditaire Pavel lui fournit une cachette dans un petit village isolé sur les hauteurs des Abruzzes. Jack s’y fait passer pour un photographe et sympathise avec le prêtre local et la prostituée Clara. Alors que ses poursuivants suédois commencent à retrouver sa trace, un dernier contrat lui est proposé, pour lequel il n’aura même pas à appuyer sur la gâchette.

La critique

Par Tootpadu 09/11/2010

En vieillissant, George Clooney aurait eu tort de vouloir se faire passer pour le digne successeur de Jason Bourne. Certes, quelques cheveux gris ne transforment pas forcément l’acteur en vieillard, d’autant moins que son fameux charme est plus que jamais intact. Mais comme les sportifs de haut niveau et les actrices, les tueurs à gages ont intérêt à se retirer tôt de leurs affaires usantes. Ce film passionnant est donc – en dépit de ses décors internationaux de toute beauté et du sang froid avec lequel on y dispose des personnages encombrants – plus un chant de cygne mélancolique que le film d’action musclé qu’un public peu averti attendrait de la part de la vedette George Clooney. Les jours où il apparaissait dans des spectacles bourrins, comme par exemple Le Pacificateur, histoire d’assurer son passage du petit au grand écran, sont en effet loin derrière lui. Désormais, il s’investit dans des films auxquels il croit, quitte à décevoir ses fans de la première heure d’ « Urgences ». Si seulement tous ses films pouvaient avoir une ambition artistique aussi splendide que celui-ci …
L’intrigue de The American est des plus simplistes. Ces histoires de criminels fatigués, qui cherchent une porte de sortie illusoire à leur métier meurtrier, nous en avons vu des centaines, et le déroulement de celle-ci ne déroge pas vraiment à la règle. Elle a même tendance à s’emmêler les pinceaux vers la fin, pour une conclusion sublimement élégiaque. Non, ce qui distingue cette déroute d’un tueur professionnel en Italie, c’est la forme filmique quasiment sublime que le réalisateur Anton Corbijn lui donne. Sa mise en scène d’une grande beauté met à profit le décor majestueux des montagnes et celui sensiblement plus étouffant de la ville médiévale pour créer une tension narrative qui va en croissant. Le soin que le tueur apporte à la fabrication de l’arme fatidique se retrouve ainsi du côté de la réalisation. Exceptionnellement maîtrisée et nullement tributaire d’effets de style gratuits, elle évoque le destin du protagoniste crépusculaire avec une sobriété exemplaire. Porté presque miraculeusement par la photo magnifique de Martin Ruhe et la musique qui ne l’est pas moins du rocker allemand Herbert Grönemeyer, le récit sait traduire le parcours semé d’embûches de Jack en un langage cinématographique proprement passionnant.
Dans toute cette prouesse formelle, Anton Corbijn ne néglige pourtant pas le fond tragique de l’histoire. Programmé à ne jamais baisser la garde, puisque dans son milieu on peut facilement se faire descendre pour un « oui » ou pour un « non », Jack est incapable de se confier, voire de confesser la somme guère reluisante d’une existence qu’il termine comme une bête traquée. Son dilemme, de vouloir rompre avec ses habitudes assassines mais d’en être incapable parce qu’il voit le mal partout, le film l’exprime avec une noblesse résignée qui ne nous a pas laissés indifférents. L’intensité subtile avec laquelle s’exprime le désarroi philosophique du personnage principal, au fur et à mesure qu’il se rend compte qu’il ne veut et surtout qu’il ne peut plus continuer de la sorte, repose autant sur la narration délicate du réalisateur que sur l’interprétation tout en finesse de George Clooney.

Vu le 8 novembre 2010, à l’UGC Ciné Cité La Défense, Salle 5, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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