Nostalgie de la lumière
Réalisé par Patricio Guzman (2010)
| Durée | 94 minutes |
| Sortie | 27/10/2010 |
| Note | 6/10 |
Depuis son enfance, le réalisateur Patricio Guzman est passionné par l’astronomie. Ce passe-temps, qu’il partage avec bon nombre de ses concitoyens chiliens, fait en quelque sorte partie du patrimoine national, d’autant plus que les télescopes les plus performants de la planète observent le ciel depuis les plateaux arides du désert d’Atacama. La recherche scientifique des astronomes y co-habite avec des fouilles archéologiques prodigieuses, rendues possibles par la sécheresse du sol. Les vestiges de la dictature de Pinochet créent un lien involontaire entre l’exploration du passé ancien sur Terre et parmi les étoiles, par le biais de ces femmes qui retournent depuis des années chaque pierre de l’étendue immense, à la recherche des restes de leurs proches déportés, torturés, et exécutés sous le régime militaire.
La critique
Par Tootpadu 21/10/2010
Au début de Nostalgie de la lumière, le vieux télescope allemand se met en place tel un fantôme, sans la moindre intervention humaine visible. De la même façon, les centres d’intérêt des trois axes de recherche du documentaire ont tendance à se dérober au regard et à théoriser sur une notion abstraite qu’il est par définition impossible d’atteindre. Tandis que l’astronome reconnaît que chaque réponse trouvée dans son domaine soulève immédiatement deux autres questions, alimentant ainsi un cercle vicieux de la recherche infinie, et que l’archéologue ne fait qu’amasser des restes humains millénaires ou plus récents qui permettent dans le meilleur des cas une hypothèse sur les conditions de vie de nos ancêtres, les femmes en deuil s’appliquent à la tâche la plus ingrate : passer l’espace imposant du désert au peigne fin, afin d’y trouver, contre toute probabilité, la certitude matérielle de la perte humaine que des documents officiels ont dû leur attester sur le papier depuis longtemps.
Chacun des vagabonds du désert que le réalisateur a abordé pour son film œuvre dans la préservation de la mémoire. Cette quête d’une chimère, aussi fugace que périssable, peut prendre la forme des dessins incroyables de Miguel, qui avait mémorisé la disposition des camps de concentration dans lesquels il avait été emprisonné, afin de pouvoir en rendre compte une fois libéré. Mais elle se conjugue aussi bien à travers sa femme, atteinte de la maladie d’Alzheimer, ou de la jeune Valentina, consciente de ses origines de fille de disparus, quoique guère traumatisée par ce poids du passé.
Grâce à l’approche subtile de Patricio Guzman, le sujet abstrait de son film n’est point engoncé dans une forme filmique clairement établie. Alors que le symbole récurrent de la poussière d’étoiles en guise de transition peut agacer à la longue et que certains plans aléatoires, comme le train de marchandises qui traverse le désert, ont du mal à trouver leur place dans le ton sinon fermement poétique du documentaire, le flux incessant entre l’infiniment grand – la galaxie – et l’infiniment petit – les grains de sable ou les ossements minuscules – établit une courbe de réflexion éminemment instructive à travers le temps et l’espace.
Vu le 20 octobre 2010, au Club Marbeuf, en VO