Enigme du Chicago Express (L')

Réalisé par Richard Fleischer (1953)

Policier
Enigme du Chicago Express (L')
Durée 68 minutes
Sortie 22/05/1953
Note 6/10

Les deux policiers Brown et Forbes sont envoyés à Chicago pour escorter la veuve du gangster Neall à Los Angeles, où elle doit présenter devant le juge une liste de noms compromettante. Dès la prise de contact, Forbes est assassiné par un des tueurs aux gages, lancés aux trousses du témoin encombrant pour l’empêcher de nuire aux intérêts du crime organisé. Brown réussit à prendre la fuite avec Madame Neall, sans que leurs poursuivants n’aperçoivent le visage de cette dernière. L’inspecteur profite de cet avantage stratégique pour la cacher dans le train, tout en déjouant les pièges tendus par ses adversaires. Mais sa rencontre fortuite avec Ann Sinclair, une jeune mère en voyage avec son fils, met celle-ci en danger, puisque les tueurs la méprennent pour Madame Neall.

La critique

Par Tootpadu 04/11/2010

Comparé à ses débuts et L’Assassin sans visage, sorti tardivement en France, le réalisateur Richard Fleischer avait fait des progrès sensibles à la fin de sa collaboration avec le studio RKO. Même si L’Enigme du Chicago Express reste avant tout un film de genre solide, au budget visiblement serré, il crée un lien utile entre Une femme disparaît de Alfred Hitchcock quinze ans plus tôt – à ce jour la référence dans le domaine des thrillers ferroviaires – et Transamerica Express de Arthur Hiller un quart de siècle plus tard, qui avait adopté un ton plus enlevé pour tenir compte des quiproquos et autres situations dangereuses, à bord d’un train qui avance imperturbablement.
Avec les moyens modestes mis à sa disposition, Richard Fleischer nous concocte en effet une intrigue policière au rythme soutenu et aux revirements adroitement agencés. Sa narration ne se montre à aucun moment dupe de la nature triviale de l’histoire, mais elle sait en faire le mieux, à travers quelques séquences et transitions formellement ingénieuses. La tension dramatique ne résulte pas forcément du décor exigu des couloirs et des compartiments du train, où les personnages n’arrêtent pas de se croiser, voire de se bousculer. C’est plutôt l’étau qui se resserre imperceptiblement autour du flic isolé et de sa proie facile, qu’il met tant bien que mal à l’abri, qui agit comme un moteur redoutable de l’avancement du récit.
La même efficacité du trait peut être observée du côté des implications morales de l’intrigue. Bien sûr, le protagoniste se comporte avec une assurance de valeurs et des méthodes musclées qui le placent immédiatement du côté des héros cyniques, qui pullulent dans les films noirs de cette époque-là. Surtout l’antagonisme verbal avec la femme qu’il est censé protéger à tout prix démontre à quel point ce sergent Brown ne se fait plus aucune illusion sur l’utilité de son métier. Et pourtant, par un mécanisme astucieux de la déconstruction des certitudes, à la fois quant aux motivations de l’attitude agressive du témoin à charge, et en vue d’un avenir pratiquement rose bonbon qui se dessine progressivement pour le couple vedette, le scénario sait suffisamment prendre le contre-pied d’une intrigue prévisible et ennuyeuse, pour nous divertir et nous tenir convenablement en haleine.

Vu le 2 novembre 2010, au Grand Action, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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