Lost persons area

Réalisé par Caroline Strubbe (2010)

Drame
Lost persons area
Durée 115 minutes
Sortie 25/08/2010
Note 6/10

Marcus vit avec sa femme Bettina et sa fille Tessa sur le chantier d’une ligne à haute tension en Belgique. Lorsque l’administration lui refuse l’agrément pour monter sa propre boîte, faute des diplômes requis pour exercer la profession d’ingénieur, Marcus s’associe avec l’ouvrier hongrois Szabolcs, qui est suffisamment qualifié. Alors que Tessa fait l’école buissonnière et que Bettina se languit d’une vie plus stable, l’entreprise de Marcus et de Szabolcs démarre d’une façon prometteuse. Mais l’accident du patron change la donne sur le chantier et au foyer de Bettina et Tessa.

La critique

Par Tootpadu 18/08/2010

Dès les premiers plans de ce film belge, présenté l’année dernière à la Semaine de la critique à Cannes, le talent de la réalisatrice Caroline Strubbe pour créer des compositions visuelles saisissantes s’impose. Le décor dépouillé, marqué uniquement par les rangées de piliers de haute tension et au loin quelques éoliennes, est le terrain idéal pour l’exploration esthétique et plastique à travers laquelle la réalisatrice conte l’isolation de ses personnages. Les répliques sont en effet plutôt rares dans ce film beau et presque méditatif. Mais le peu de choses que les personnages expriment à travers la parole gagnent toute leur importance au moment opportun, comme ce proverbe hongrois sur l’impossibilité d’être une mauvaise mère, qui refait surface justement quand Bettina se laisse pour une fois complètement aller dans la danse, le temps d’une minute affranchie de sa responsabilité de veiller sur sa fille vagabonde. Déjà lors de son énonciation initiale, lorsque Bettina et Szabolcs faisaient connaissance autour d’un savon, cette réplique emblématique sonnait comme le condensé émotionnel et moral d’une histoire minimaliste, mais imprégnée d’une pudeur et d’une assurance plastique exceptionnelles.
La narration se sert de l’ellipse pour évoquer adroitement les trois sommets dramatiques de l’intrigue (l’accident, l’adultère, l’incident final). Leur exclusion de l’image, mais pas de la conscience du spectateur, contribue au ton éthéré de Lost persons area, tout en ancrant le film dans une réalité en conflit avec la douceur apparente de l’existence des personnages. L’arrivée de Szabolcs apporte en effet une gravité réconfortante à l’intrigue. Elle y opère en même temps comme le centre de gravitation morale. Or, une fois que le mari est temporairement exclu de l’action – ce qui ouvre par ailleurs la possibilité à un cas de figure à la Le Facteur sonne toujours deux fois auquel la réalisatrice a la sagesse de ne céder que très partiellement –, ce vide laissé par l’absence de la figure paternelle n’est guère comblé par son associé, trop réservé et bien élevé pour abuser de la situation. Dans la retenue de ce personnage calme et observateur se reflète beaucoup de la subtilité de la narration de Caroline Strubbe. Cette dernière a tendance à laisser couler doucement son récit, au lieu de lui imposer une structure narrative et une finalité dramatique rigides.
Par conséquent, la beauté plastique manifeste du film risque de temps en temps de prendre le dessus sur l’élan hésitant de l’histoire. Il en résulte une œuvre à l’aspect visuel fascinant, qui peine cependant à mettre durablement cette somptuosité de l’image au service d’une intrigue en demi-teinte, assurément poétique, mais pas toujours engageante.

Vu le 17 août 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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