Marga
Réalisé par Ludi Boeken (2010)
| Durée | 101 minutes |
| Sortie | 16/06/2010 |
| Note | 6/10 |
En 1943, les derniers juifs allemands sont déportés dans des camps de concentration à l'est, dont ils ne reviendront jamais. Dans la région rurale de la Westphalie, le marchand de chevaux Menne Spiegel veut éviter ce triste sort à sa femme Marga et à sa fille Karin. Il réussit à convaincre le fermier Aschoff, aux côtés duquel il avait combattu pendant la Première Guerre mondiale, de les cacher parmi les autres réfugiés qu'il a déjà accueillis chez lui. Alors que son mari doit prendre la fuite et vagabonder dans les environs, Marga et sa fille s'installent à la ferme sous un faux nom et en reniant leurs origines juives.
La critique
Par Tootpadu 27/04/2010
Voler au secours de ceux que l'on persécute peut paraître comme une évidence du devoir chrétien. Mais le passage à l'acte, qui implique obligatoirement un risque pour sa propre personne en temps de guerre, demande une volonté et un courage, que malheureusement peu d'Allemands ont eu pendant cette période sombre de leur Histoire, comme le montrent les chiffres accablants qui défilent à la fin de Marga. Et même ceux qui sortaient du lot n'ont pas été exempts de doutes quant au bien-fondé de leur engagement humanitaire.
Ainsi, il n'y a pas vraiment de méchants incorrigibles dans ce film prenant, mais uniquement des victimes plus ou moins responsables de la situation intenable qui s'abattait sur elles, au cours des quelques années avant l'éveil brutal du rêve d'une domination planétaire par l'idéologie complètement fourvoyée des nazis. Le réalisateur Ludi Boeken est même particulièrement adroit dans la description de l'atmosphère, chargée de soupçons et de la crainte permanente d'être démasqué, qui pèse sans relâche sur la famille Spiegel. Peu appliquée dans l'approfondissement des personnages, sa narration atteint des résultats bien plus satisfaisants du côté de l'évocation de l'usure qu'une vie en cachette à durée indéterminée peut provoquer chez les réfugiés. La menace diffuse de la découverte du subterfuge pèse alors bien plus lourde, que d'éventuelles représailles de la part des autorités antisémites. Le cadre bucolique de la ferme prend dans ce contexte un air de cage dorée, à cause de son emplacement à l'écart des bombardements sous lesquels les villes s'écroulaient les unes après les autres, et de son statut privilégié de ravitailleur immédiat en vivres. Il n'empêche que le danger d'être dénoncé guettait de partout, notamment de la part des autres réfugiés, de braves gens qui se laissaient d'autant plus volontairement embobiner par la propagande nazie qu'il leur fallait un bouc émissaire pour leur propre déroute existentielle.
La sobriété et le réalisme font la force de ce film allemand, qui ne met aucun de ses personnages sur un piédestal. Il cherche plutôt dans les zones grises d'une échelle de valeurs, tiraillée entre l'altruisme et l'attachement aux préceptes nazis, de quoi nourrir émotionnellement une intrigue, qui ne va peut-être pas assez en profondeur. Cependant, l'évocation étonnamment juste de l'état d'esprit des paysans originaires d'une région très proche de la nôtre et le refus de souligner l'impact des séquences les plus éprouvantes par une emphase formelle garantissent à Marga un ton juste et impliqué, qui rend très convenablement hommage à l'exploit humain des paysans, sauveteurs de juifs.
Enfin, du côté de l'interprétation, c'est surtout Margarita Broich dans le rôle de la femme du fermier qui dénote positivement, à travers la sincérité qui lui fait explorer toutes les facettes de son personnage, de l'héroïsme vécu en silence jusqu'à l'épanouissement dans les obligations éprouvantes d'une mère en temps de guerre.
Vu le 27 avril 2010, au Club Marbeuf, en VO