Epine dans le coeur (L')
Réalisé par Michel Gondry (2010)
Documentaire
| Durée | 88 minutes |
| Sortie | 21/04/2010 |
| Note | 6/10 |
Suzette, la tante de Michel Gondry, a été institutrice dans différents écoles dans les Cévennes entre 1952 et '86. En revenant sur ses anciens lieux de travail, qui ont été pour la plupart affectés à un usage privé depuis, Suzette se rappelle son parcours professionnel au service de l'enseignement. Mais elle évoque aussi les difficultés de sa vie privée, notamment avec son fils Jean-Yves.
La critique
Par Tootpadu 22/04/2010
Dans chaque famille, il y a toujours un individu à part, dont la vivacité ou les choix de vie, qui mènent soit à la tragédie, soit au bonheur, le distinguent du groupe le plus souvent homogène et fade des parents éloignés. Dans la nôtre, cet être d'exception a été notre grand-mère du côté paternel, une femme têtue et énergique qui a su traverser les hauts et les bas de son existence avec une dignité et une détermination, qui nous la rendent plus chère encore de nos jours, plus de dix ans après sa disparition, que les oncles et les tantes pas revus depuis des lustres ou nos parents, tributaires d'un attachement instinctif qui ne relève pas forcément de l'admiration. Pour Michel Gondry, cette personne qui sort du lot dans une famille que l'on présume nombreuse est sa tante Suzette, une ancienne institutrice qui n'a rien perdu de sa fraîcheur, vingt ans après son départ à la retraite. Et comme le réalisateur a su créer un parcours de cinéaste atypique, alternant sans gêne entre les productions hollywoodiennes et les documentaires plus intimistes, il profite de son statut pour transformer ce film de famille en film de cinéma, présenté au dernier festival de Cannes et distribué plutôt discrètement juste avant le suivant.
Pour justifier cette démarche publique, Michel Gondry a dévié du projet initial qui consistait simplement à visiter les anciennes écoles où sa tante avait enseigné. Le passage du temps devient certes évident à travers la transformation de ces salles de classe en des résidences secondaires ou bien, dans le cas de l'établissement improvisé pour les harkis venus d'Algérie, leur abandon qui mène à la ruine, à l'exception de la tourelle de la cabine de projection, un symbole sympathique pour la pérennité du cinéma. Les retrouvailles avec les anciens élèves et connaissances de Suzette ont de même quelque chose de gentiment nostalgique. Mais ce retour dans le passé aurait été mollement anecdotique, si le réalisateur ne s'était pas ravisé et s'il n'avait pas centré davantage son documentaire sur le côté plus privé de l'existence de sa tante, en particulier sur la relation tumultueuse avec son fils. Ce revirement, nécessaire pour rendre le propos de L'Epine dans le coeur plus universel et accessible pour un public au delà du cercle familial, ne lui a pas forcément attiré la bienveillance de sa tante, comme le laisse supposer la lettre ouverte d'excuse publiée dans le dossier de presse du film. Le changement de perspective permet cependant d'avancer vers l'essence humaine de Suzette Gondry, avec ses défauts et ses qualités, ce qui est toujours plus passionnant qu'un voyage à travers des lieux sans attaches sentimentales pour le spectateur.
Le réalisateur organise l'hommage sincère à sa tante comme à son habitude sur un ton enjoué, qui inclut à la fois le processus de la fabrication du documentaire et le motif récurrent du train en miniature. Ce dernier est bien plus qu'un dispositif mignon pour structurer le récit, puisqu'il renvoie en fin de compte au véritable fil rouge de la vie de Suzette : son fils Jean-Yves. La biographie au charme bucolique de cette enseignante avant-gardiste connaît en effet ses premières zones d'ombre, lorsqu'elle évoque la relation éprouvante avec son seul fils, un homosexuel dépressif qu'elle décrit elle-même comme "faible". Cette faille dans la carapace sociale de Suzette nous dévoile un aspect bien plus fragile et faillible de sa personnalité que toutes les visites de villages reculés réunies. Elle condense admirablement la contradiction de l'amour inconditionnel qu'une mère porte à son fils, malgré toutes les déceptions que celui-ci lui inflige au fil du temps.
Pour justifier cette démarche publique, Michel Gondry a dévié du projet initial qui consistait simplement à visiter les anciennes écoles où sa tante avait enseigné. Le passage du temps devient certes évident à travers la transformation de ces salles de classe en des résidences secondaires ou bien, dans le cas de l'établissement improvisé pour les harkis venus d'Algérie, leur abandon qui mène à la ruine, à l'exception de la tourelle de la cabine de projection, un symbole sympathique pour la pérennité du cinéma. Les retrouvailles avec les anciens élèves et connaissances de Suzette ont de même quelque chose de gentiment nostalgique. Mais ce retour dans le passé aurait été mollement anecdotique, si le réalisateur ne s'était pas ravisé et s'il n'avait pas centré davantage son documentaire sur le côté plus privé de l'existence de sa tante, en particulier sur la relation tumultueuse avec son fils. Ce revirement, nécessaire pour rendre le propos de L'Epine dans le coeur plus universel et accessible pour un public au delà du cercle familial, ne lui a pas forcément attiré la bienveillance de sa tante, comme le laisse supposer la lettre ouverte d'excuse publiée dans le dossier de presse du film. Le changement de perspective permet cependant d'avancer vers l'essence humaine de Suzette Gondry, avec ses défauts et ses qualités, ce qui est toujours plus passionnant qu'un voyage à travers des lieux sans attaches sentimentales pour le spectateur.
Le réalisateur organise l'hommage sincère à sa tante comme à son habitude sur un ton enjoué, qui inclut à la fois le processus de la fabrication du documentaire et le motif récurrent du train en miniature. Ce dernier est bien plus qu'un dispositif mignon pour structurer le récit, puisqu'il renvoie en fin de compte au véritable fil rouge de la vie de Suzette : son fils Jean-Yves. La biographie au charme bucolique de cette enseignante avant-gardiste connaît en effet ses premières zones d'ombre, lorsqu'elle évoque la relation éprouvante avec son seul fils, un homosexuel dépressif qu'elle décrit elle-même comme "faible". Cette faille dans la carapace sociale de Suzette nous dévoile un aspect bien plus fragile et faillible de sa personnalité que toutes les visites de villages reculés réunies. Elle condense admirablement la contradiction de l'amour inconditionnel qu'une mère porte à son fils, malgré toutes les déceptions que celui-ci lui inflige au fil du temps.
Vu le 21 avril 2010, au MK2 Bibliothèque, Salle 6
★★★★★★☆☆☆☆
6/10