Familystrip
Réalisé par Lluis Miñarro (2012)
Documentaire
| Durée | 72 minutes |
| Sortie | 23/05/2012 |
| Note | 6/10 |
Pendant plusieurs séances, le jeune peintre Francisco Herrero réalise à Barcelone un portrait des parents du producteur Lluis Miñarro et de celui-ci. Alors que le tableau était initialement prévu comme un cadeau pour le 65ème anniversaire de mariage de ce vieux couple, tout comme l’enregistrement des longues heures de pose, les anecdotes que la mère et le père racontent au fil du temps dressent une Histoire à la fois intimiste et universelle de l’Espagne depuis les années 1930.
La critique
Par Tootpadu 24/05/2012
Chaque famille a son histoire, truffée de secrets, de moments de joie et de peine partagés exclusivement dans le cercle des personnes les plus proches. Il serait aberrant de toutes les enregistrer et de les montrer ensuite au cinéma, ne serait-ce qu’à cause de l’aspect très personnel de ces événements de la vie courante que tout le monde traverse à un moment donné de son existence. La similitude de ce cycle social, qui englobe absolument tout, de la naissance jusqu’à la mort, en passant par les fêtes rituelles religieuses, les mariages, les enfants, et – si tout va mal – l’éclatement de la cellule familiale lors du divorce, révèle cependant de nombreux points en commun, qui favorisent la reconnaissance de tel ou tel souvenir même auprès d’illustres inconnus. La transformation de ce film de famille en un documentaire court, mais plutôt saisissant, nous permet ainsi de nous intégrer brièvement dans ce clan espagnol typique, dont le portrait instantané est figé simultanément sur la toile et sur la pellicule.
Familystrip n’est point un exercice vain pour souligner la ressemblance entre l’image que la caméra et le pinceau nous renvoient par rapport aux caractéristiques réelles des parents du réalisateur. Lluis Miñarro s’abstient largement de tout effet de mise en scène qui canaliserait artificiellement le flux de paroles que sa mère et son père se renvoient sans cesse, puisque ces octogénaires n’ont guère besoin d’être motivés pour parler des débuts de leur relation et du contexte moral et historique de la phase fondatrice de leur famille. Seule la décision de tourner les rencontres dans l’appartement en noir et blanc ajoute une sorte de patine ancienne à ces confidences plus ou moins intimes, qui reflètent adroitement certains aspects de la vie en Espagne sous le régime franquiste. Les deux extrémités du documentaire, qui s’ouvre sur une surface d’eau et se ferme, à quelques plans près, sur une forêt automnale, servent enfin de cadre, à la poésie cinématographique assez réussie, à cet album de famille attachant.
Il se dégage en effet un sentiment de fragilité intriguant de ce film, qui enregistre avant qu’il ne soit trop tard, avant que l’oubli et la perte de l’appétit de vivre ne prennent le dessus sur la vigueur remarquable de ces vieillards bavards et de la petite communauté artistique qui se regroupe autour d’eux. Ces réminiscences joviales, pleines de sagesse et de lucidité, sont dédiées à un membre de l’équipe qui a choisi de mettre fin à ses jours, alors qu’il n’avait même pas atteint la trentaine. Le témoignage sincère sur l’amour entre le père et la mère, qui leur a sans doute permis d’atteindre ensemble leur âge auguste, opère comme un remède efficace contre cette morosité, qui a hélas choisi une solution définitive à un problème temporaire.
Familystrip n’est point un exercice vain pour souligner la ressemblance entre l’image que la caméra et le pinceau nous renvoient par rapport aux caractéristiques réelles des parents du réalisateur. Lluis Miñarro s’abstient largement de tout effet de mise en scène qui canaliserait artificiellement le flux de paroles que sa mère et son père se renvoient sans cesse, puisque ces octogénaires n’ont guère besoin d’être motivés pour parler des débuts de leur relation et du contexte moral et historique de la phase fondatrice de leur famille. Seule la décision de tourner les rencontres dans l’appartement en noir et blanc ajoute une sorte de patine ancienne à ces confidences plus ou moins intimes, qui reflètent adroitement certains aspects de la vie en Espagne sous le régime franquiste. Les deux extrémités du documentaire, qui s’ouvre sur une surface d’eau et se ferme, à quelques plans près, sur une forêt automnale, servent enfin de cadre, à la poésie cinématographique assez réussie, à cet album de famille attachant.
Il se dégage en effet un sentiment de fragilité intriguant de ce film, qui enregistre avant qu’il ne soit trop tard, avant que l’oubli et la perte de l’appétit de vivre ne prennent le dessus sur la vigueur remarquable de ces vieillards bavards et de la petite communauté artistique qui se regroupe autour d’eux. Ces réminiscences joviales, pleines de sagesse et de lucidité, sont dédiées à un membre de l’équipe qui a choisi de mettre fin à ses jours, alors qu’il n’avait même pas atteint la trentaine. Le témoignage sincère sur l’amour entre le père et la mère, qui leur a sans doute permis d’atteindre ensemble leur âge auguste, opère comme un remède efficace contre cette morosité, qui a hélas choisi une solution définitive à un problème temporaire.
Vu le 24 mai 2012, au Latina, Salle 1, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10