Despues de la revolucion
Réalisé par Vincent Dieutre (2010)
Documentaire
| Durée | 56 minutes |
| Sortie | 28/04/2010 |
| Note | 6/10 |
Le réalisateur Vincent Dieutre se rend à Buenos Aires, afin d'y animer avec Stéphane Bouquet un séminaire sur le cinéma. C'est la première fois qu'il part en Argentine, à la rencontre de cette ville si européenne, et pourtant si différente de Paris. Il y retrouve Hugo, un artiste de Cordoba, dont il avait fait la connaissance à la Biennale de Venise. Et il arpente les rues le soir, seul ou en compagnie d'un psychiatre âgé qu'il a rencontré dans un café gay.
La critique
Par Tootpadu 26/03/2010
Après son passage à Rome, Naples, Berlin, et Bologne, Vincent Dieutre fait escale à Buenos Aires dans son nouveau film, en poursuivant sa série de portraits des villes très personnels. Le réalisateur français, qui se place volontairement à l'écart du cinéma conventionnel, ne voyage pas pour faire du tourisme. Il ne tourne pas non plus pour nous montrer les monuments marquants des lieux qu'il traverse. Son regard si particulier se laisse plutôt qualifier de mélange, cru et poétique à la fois, entre le journal intime et le monologue intérieur passablement narcissique. La vedette des films de Vincent Dieutre est invariablement Vincent Dieutre lui-même. Mais cette mise en scène de sa propre personne s'effectue en dehors des considérations convenues d'une mise en valeur quelconque ou d'une condamnation hypocrite de ses vices.
Le cinéma selon Vincent Dieutre ne revendique nullement un rôle d'exemple ou de défenseur d'une conception de l'homosexualité, sensiblement en décalage par rapport à la volonté d'acceptation et au conformisme envers le modèle du couple hétérosexuel, qui ont guidé le mouvement d'affirmation gaie ces dernières années. Il se complaît au contraire dans sa marginalité, loin des exigences économiques et narratives qui ont tendance à museler l'expression cinématographique dans son ensemble. Alors que sa vision décomplexée de l'homosexualité et ses goûts sexuels le rapprochent de la prédilection qu'Alain Guiraudie porte aux gros et aux vieux dans ses films de fiction, sa consommation éhontée de drogues devant la caméra enracine sa démarche dans les méandres des artistes torturés, dépendants de substances illicites pour se sentir vivants.
Pourtant, Despues de la revolucion est au fond la célébration d'un sursaut de vitalité, initié par la découverte de la vie à Buenos Aires. Il s'agit de la promesse tenue du renversement de toutes les déceptions, qui accablent Vincent Dieutre sur le vieux continent. C'est aussi et avant tout le récit poétique et touchant de l'acceptation du vieillissement et du temps qui passe. Le réalisateur se laisse enivrer par la jeunesse d'esprit de cette métropole malgré tout pauvre, tout en sachant qu'il ne pourra pas l'emporter avec lui et que son voyage n'était qu'une parenthèse dans son long périple de vagabond à travers les quartiers gays des grandes villes de ce monde.
Formellement, la signature du réalisateur est aussi reconnaissable que dans son propos doucement contestataire. La multitude de dispositifs, qui pullulent pendant la courte heure que dure ce documentaire fascinant, risquerait d'alourdir tout film attaché au respect des conventions filmiques les plus communes. Dans le cas présent par contre, les plans en surimpression, le décalage manifeste entre l'image et le son, le commentaire qui s'estompe plusieurs fois pour être supplanté par des bruits d'ambiance ou la lecture de poèmes, ainsi que les séquences de sexe au découpage nerveux et au silence étrange, qui ressemblent presque à une drôle de baise mécanique, et par conséquent guère érotique et encore moins marquée par la tendresse, bref, tous ces effets de style affirmés s'agencent parfaitement dans une esthétique de la subjectivité sans gêne, comme Vincent Dieutre est un des rares cinéastes à oser la pratiquer.
Le cinéma selon Vincent Dieutre ne revendique nullement un rôle d'exemple ou de défenseur d'une conception de l'homosexualité, sensiblement en décalage par rapport à la volonté d'acceptation et au conformisme envers le modèle du couple hétérosexuel, qui ont guidé le mouvement d'affirmation gaie ces dernières années. Il se complaît au contraire dans sa marginalité, loin des exigences économiques et narratives qui ont tendance à museler l'expression cinématographique dans son ensemble. Alors que sa vision décomplexée de l'homosexualité et ses goûts sexuels le rapprochent de la prédilection qu'Alain Guiraudie porte aux gros et aux vieux dans ses films de fiction, sa consommation éhontée de drogues devant la caméra enracine sa démarche dans les méandres des artistes torturés, dépendants de substances illicites pour se sentir vivants.
Pourtant, Despues de la revolucion est au fond la célébration d'un sursaut de vitalité, initié par la découverte de la vie à Buenos Aires. Il s'agit de la promesse tenue du renversement de toutes les déceptions, qui accablent Vincent Dieutre sur le vieux continent. C'est aussi et avant tout le récit poétique et touchant de l'acceptation du vieillissement et du temps qui passe. Le réalisateur se laisse enivrer par la jeunesse d'esprit de cette métropole malgré tout pauvre, tout en sachant qu'il ne pourra pas l'emporter avec lui et que son voyage n'était qu'une parenthèse dans son long périple de vagabond à travers les quartiers gays des grandes villes de ce monde.
Formellement, la signature du réalisateur est aussi reconnaissable que dans son propos doucement contestataire. La multitude de dispositifs, qui pullulent pendant la courte heure que dure ce documentaire fascinant, risquerait d'alourdir tout film attaché au respect des conventions filmiques les plus communes. Dans le cas présent par contre, les plans en surimpression, le décalage manifeste entre l'image et le son, le commentaire qui s'estompe plusieurs fois pour être supplanté par des bruits d'ambiance ou la lecture de poèmes, ainsi que les séquences de sexe au découpage nerveux et au silence étrange, qui ressemblent presque à une drôle de baise mécanique, et par conséquent guère érotique et encore moins marquée par la tendresse, bref, tous ces effets de style affirmés s'agencent parfaitement dans une esthétique de la subjectivité sans gêne, comme Vincent Dieutre est un des rares cinéastes à oser la pratiquer.
Vu le 24 mars 2010, au Latina, Salle 2
★★★★★★☆☆☆☆
6/10