Révélation (La)
Réalisé par Hans-Christian Schmid (2010)
| Durée | 103 minutes |
| Sortie | 17/03/2010 |
| Note | 6/10 |
L'ancien général serbe Goran Duric est arrêté en Espagne. Trois ans plus tard, la procureure Hannah Maynard reprend l'accusation dans cette affaire de crime contre l'humanité, devant le Tribunal pénal international pour l'Ex-Yougoslavie à La Haye. Sa stratégie repose sur le témoignage d'Alen Hajdarevic, qui affirme avoir vu Duric déporter un groupe de femmes d'une école dans sa ville natale pendant la guerre. Mais les preuves avancées par la défense invalident ses dires et Maynard se retrouve subitement sans un cas solide, qui garantirait une condamnation au criminel de guerre. Alors que le temps presse, elle s'intéresse au passé et aux motivations du faux témoin.
La critique
Par Tootpadu 04/03/2010
Heureusement que La Révélation nous laisse au moins une battante exigeante, et toujours étonnamment idéaliste après tant d'années passées dans les salles d'audience, à nos côtés, sans laquelle il nous serait difficile de nous retrouver dans la jungle propre à la bureaucratie du droit pénal international. Interprétée magistralement par Kerry Fox, Hannah Maynard appartient à cette minorité précieuse de femmes fortes, que l'on retrouve hélas bien trop rarement sur nos écrans. Elle n'est pas dupe des tractations qui risquent de saper son travail et la part d'assouvissement d'une vengeance personnelle, après son échec au concours administratif de promotion, dans sa démarche en faveur des victimes reste agréablement floue. Toutefois, sa détermination de ne pas se laisser entièrement corrompre par la diplomatie des lâches pratiquée par ses supérieurs, quitte à mettre en péril sa carrière professionnelle, confère au personnage une aura héroïque irrésistible. Sa fragilité n'est pas pour autant éclipsée par son entêtement, puisque dans toute son impuissance face au pouvoir souverain du système, elle est la preuve ambulante de l'impossibilité de correspondre parfaitement à ses propres exigences éthiques. En comparaison, l'accomplissement d'Anamaria Marinca dans le rôle aux facettes sensiblement moins équivoques de la victime, peut paraître moins spectaculaire en termes dramatiques. Ce serait ignorer néanmoins la nécessité de son innocence meurtrie par le souvenir douloureux de la guerre, pour sonder le conflit d'intérêts et d'allégeance qui tourmente Hannah.
Encore plus que dans Requiem, le réalisateur Hans-Christian Schmid fait preuve d'un pragmatisme formel, qui se met entièrement au service du récit. Le style nerveux et esthétiquement épuré du film s'appuie essentiellement sur son histoire et ses personnages forts. Les implications morales de l'intrigue, tortueuses et point aussi claires que dans un conte édifiant de la trempe d'un Rocky, transparaissent d'autant plus précisément dans ce film exigeant.
Vu le 3 mars 2010, au Club Marbeuf, en VO