Ander

Réalisé par Roberto Caston (2010)

Drame romantique
Ander
Durée 129 minutes
Sortie 17/02/2010
Note 6/10

Depuis la mort de son père, Ander s'occupe de la ferme familiale dans le pays basque. Alors que sa soeur Arantxa doit se marier dans moins d'un mois, Ander se casse accidentellement la jambe. Pour ne pas laisser sa vieille mère seule avec les tâches quotidiennes considérables sur l'exploitation agricole, Ander embauche sur le conseil de son futur beau-frère Iñaki un travailleur saisonnier péruvien, José. Le jeune homme se débrouille très bien sur la ferme, mais Ander ne souhaite pourtant pas le garder outre mesure, pour des raisons qu'il n'ose même pas s'avouer lui-même.

La critique

Par Tootpadu 04/02/2010

Ensemble c'est trop de Léa Fazer et Ander, ou deux films que le hasard des sorties françaises a réuni sur le même mercredi et qui partent tous les deux de la prise en charge involontaire et aux conséquences insoupçonnées d'un membre de la famille émotionnellement ou physiquement invalide. Bien que ces deux films aient un point de départ pratiquement identique, le résultat final n'aurait pas pu être plus différent. D'un côté, une agitation ininterrompue qui s'essouffle rapidement pour devenir une comédie familiale banale et superficielle. De l'autre, un drame homo dans le monde rural qui laisse le temps à ses personnages de se trouver et de nous subjuguer.
Mieux vaut en effet ne pas être pressé pour apprécier pleinement le premier film du réalisateur espagnol Roberto Caston. Notre impression initiale d'un film bien intentionné, mais exécuté avec les moyens narratifs et formels d'un débutant, voire d'un amateur, se dissipe au fur et à mesure qu'Ander, José, Reme, et les autres gagnent en épaisseur humaine. Le regard que le metteur en scène pose sur ses personnages est empreint d'une telle tendresse, qu'il rend des clichés aussi usés que la pute au coeur d'or ou le quarantenaire mal dans sa peau parce qu'il n'ose pas assumer son homosexualité, forcément sympathiques. Il n'y a aucune trace de jugement dans la narration, uniquement un don remarquable de l'observation, qui retranscrit avec soin et compassion la communication non verbale entre ces paysans rustres, mais pas brutes. Certains dispositifs formels, comme les écrans noirs pour indiquer une ellipse significative par sa durée ou par son importance pour la suite du récit, commencent certes à nous peser à la longue. Mais dans l'ensemble, Roberto Caston a concocté un premier film calme, à la tension émotionnelle redoutable, qui gronde sous la surface d'une banalité trompeuse.
Le fait d'avoir situé l'action dans un passé récent, au moment de l'appréhension du bug de l'an 2000, rend Ander pas nécessairement visionnaire quant à la promotion d'une homosexualité décomplexée. Nous attendons donc toujours en vain un film réellement progressiste, qui saurait formuler un style de vie homo en phase avec le monde dans lequel nous vivons à présent, sans les garde-fous un peu lâches de la reconstitution d'une époque révolue, dont même un film majeur comme Le Secret de Brokeback Mountain de Ang Lee s'est rendu coupable. Par défaut, nous sommes toujours preneurs d'une belle histoire d'amour homo comme celle-ci, qui avance avec intelligence en tâtonnant, pour aboutir à une conclusion aussi joliment modeste que le film lui-même.

Vu le 4 février 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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