Soliste (Le)

Réalisé par Joe Wright (2009)

Drame
Soliste (Le)
Durée 117 minutes
Sortie 23/12/2009
Note 5/10

Après un accident de vélo, le journaliste au Los Angeles Times Steve Lopez est en manque d'un sujet pour ses articles réguliers. Il fait par hasard la rencontre de Nathaniel Ayres Jr., un musicien sans domicile fixe, qui avait été vingt ans plus tôt l'élève de la prestigieuse école de musique de Julliard. Au fil de ses recherches, Steve Lopez découvre l'histoire de ce violoncelliste d'exception, qui préfère jouer dans un tunnel, plutôt que mener une vie ordinaire. En dépit des troubles psychologiques de Nathaniel et de la réticence de Steve d'assumer ses responsabilités, une amitié profonde naît entre les deux hommes.

La critique

Par Tootpadu 31/12/2009

Pour son premier film sans aucun rapport avec sa terre natale d'Angleterre et dépourvu du subterfuge de la reconstitution fastueuse d'une époque révolue, le réalisateur Joe Wright était attendu au tournant. Après deux films remarquables coup sur coup, Orgueil & préjugés et Reviens-moi, il aurait été facile, voire logique, pour Wright de continuer sur sa lancée et de devenir tôt ou tard le digne successeur de James Ivory. Qu'il ne se soit pas laissé tenter par cet avenir tout tracé témoigne de l'imprévisibilité et du courage artistique du réalisateur. Le choix du sujet de son troisième film nous inspire par contre sensiblement moins d'enthousiasme. Au moins depuis Rain man de Barry Levinson, les films hollywoodiens sur les handicapés mentaux - peu importe que ces derniers soient surdoués ou simplement attachants - se sont toujours soldés par un ton désagréablement condescendant et sirupeux.
Toute la partie du Soliste, qui est censée nous faire sortir les mouchoirs par intervalles réguliers, ne fait guère exception à la règle. L'emploi de certains dispositifs filmiques pesants, comme les retours en arrière pour évoquer le passé de Nathaniel ou l'envolée symbolique des pigeons, nous paraît d'autant plus pénible, qu'il est l'oeuvre d'un réalisateur, qui avait su nous subjuguer auparavant par la fraîcheur et la simplicité avec lesquelles il abordait les oeuvres littéraires vénérables de Jane Austen et d'Ian McEwan. A voir les passages obligés pour susciter l'émotion dans le cas présent, il faut croire que Joe Wright a dû vendre en partie son âme de cinéaste, afin d'avoir l'occasion de tenter sa chance à Hollywood. En effet, son style s'adapte au mieux passablement aux contraintes d'une histoire jamais tout à fait exempte de poncifs.
Il reste néanmoins deux points qui permettent au Soliste de passer du stade de film inégal à celui, tout juste plus enviable, d'échec intéressant. D'abord, le refus de la part du scénario de Susannah Grant et de la mise en scène de Joe Wright d'arranger à tout prix l'histoire de leur héros défavorisé. Le film évite ainsi tout revirement radical, en vue d'une éventuelle conclusion faussement rassurante. En plus, le fait de laisser et Steve Lopez, et Nathaniel Ayres, camper sur leurs positions et leur incapacité de changer réduit certes le potentiel d'un ample développement dramatique des personnages. Mais il permet aussi de rompre avec la tradition hollywoodienne, usée jusqu'à la corde et que l'on pourrait retracer bien plus tôt encore, jusqu'au Scrooge de Charles Dickens, qui cherche et trouve la bonté même au fond des personnages les plus antipathiques.
Et puis, en bon étranger qui se respecte, Joe Wright jette un regard sur Los Angeles, qui nous fait découvrir là aussi des aspects insoupçonnés de la métropole californienne. Le contraste entre le faste de la salle de concerts Disney et les bas-fonds de Skid Row, normalement bannis des écrans américains, invite ainsi à un constat criant et inhabituel sur les inégalités qui minent notre civilisation occidentale. Dommage alors que le troisième film de Joe Wright l'a jugé bon de pervertir ce signal d'alarme social en une histoire d'amitié trop convenue pour réellement interpeller.

Vu le 31 décembre 2009, au MK2 Bibliothèque, Salle 1, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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